Villarreal – Marcelino guide le Yellow Submarine

Villarreal, ville du bord de mer méditerranéen fait partie des meilleures équipes espagnoles cette saison malgré un relatif anonymat. Et pourtant le club occupe le premier tiers du classement depuis qu’ils sont remontés en 1ère division il y a 3 saisons : c’est Marcelino qui avait assuré cette remontée et qui est sur le banc depuis.

Le sous-marin jaune est bien parti pour être la 1ère équipe derrière le trio infernal Barcelone / Atletico / Real Madrid, malgré un été agité au cours duquel ils ont perdu leurs 5 joueurs offensifs ayant le plus joué l’année précédente! (Vietto, Giovani, Uche, Moreno et Moi Gomez + Joel Campbell qui avait joué une 20aine de matchs).

Un recrutement en nombre vient compenser cette vague de départs, avec une idée claire malgré tout : conserver le 4-4-2 cher à son entraîneur.

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On va voir dans cet article comment Villarreal s’articule autour de ce 4-4-2, avec les choix tactiques opérés par Marcelino et leur impact sur le jeu de son équipe.

Quelles sont vos références?

Malgré l’image qui peut être véhiculée dans les médias, Villarreal n’est pas une équipe joueuse, aimant avoir le ballon et multipliant les passes courtes. En réalité l’équipe de Marcelino passe plus de temps sans le ballon puisqu’ils affichent une possession moyenne de 47,1% en Liga.
Or Villarreal se satisfait de cette situation car ils sont particulièrement performants lorsque l’adversaire a le ballon. Organisés dans leur 4-4-2 à plat, les hommes de Marcelino travaillent tous ensemble pour empêcher la progression adverse. Un travail qui se fait avec 3 points de référence : le ballon, les coéquipiers et l’espace.

Nos joueurs ont 4 références : le ballon, l’espace, l’adversaire et leurs coéquipiers. Chaque déplacement doit être lié à ces références – Arrigo Sacchi

Le cas le plus simple à appréhender est l’orientation « joueur », qui devient du marquage individuel lorsqu’elle est poussée à l’extrême.
Avoir l’adversaire comme point de référence principal assure une forte capacité à l’étouffer puisque les joueurs sont toujours proches de leur adversaire : l’accès est minimal. Cependant cette approche est réactive, elle implique donc d’avoir un temps de retard, et elle peut générer des situations au cours desquelles le bloc défensif est complètement désorganisé.

Revenons à Villarreal et à ses 3 références. Cela signifie qu’un joueur de Villarreal, lorsque l’équipe n’a pas le ballon, ne prend quasiment pas en compte la position des adversaires pour choisir sa position sur le terrain. Cette approche permet un contrôle idéal des espaces, sans risquer de se découvrir dans des zones importantes en répondant aux mouvements de l’adversaire. En ne s’adaptant pas à son adversaire, le bloc peut réciter sa partition.
Cependant cette approche est limitée dans sa faculté à forcer l’erreur de l’adversaire, puisqu’il « suffit » à celui-ci de sortir des espaces contrôlés pour se donner du temps et de l’espace. Un bloc défendant de cette manière doit donc faire preuve de beaucoup de concentration et de patience pour fermer les espaces en attendant l’erreur adverse.

On voit sur cet exemple que les attaquants de Villarreal n’adaptent pas leur positionnement pour empêcher l’adversaire de recevoir le ballon juste devant eux. Même constat quelques secondes plus tard avec les milieux qui laissent l’adversaire recevoir et se retourner juste devant leur ligne. Leurs mouvements vers l’adversaire se limitent aux situations où celui-ci a le ballon : car c’est ce dernier qui est la référence, pas le joueur.

Peu d’équipes ont une approche comparable à Villarreal aujourd’hui. Si vous avez lu l’analyse détaillée de l’Atlético Madrid, vous vous souvenez certainement que l’équipe intègre rapidement cette 4ème référence dans son jeu. Et le constat est similaire lorsqu’on se penche sur notre bonne vieille Ligue 1.

Ces 3 équipes défendent essentiellement en 4-4-2 à plat (comme Villarreal) mais on voit que les joueurs prennent comme référence l’adversaire. Ceci ne veut pas dire qu’ils ont un unique adversaire à surveiller (comme en marquage individuel), mais plutôt qu’ils modifient leur positionnement pour répondre au positionnement de l’adversaire même lorsque celui-ci n’a pas le ballon. On voit sur le dernier exemple une limite évoquée précédemment dans ce choix, puisque des espaces dans le bloc ont été créés par le milieu suivant son adversaire.

Mise en pratique

On vient de voir que Villarreal n’utilise pas l’adversaire comme référence défensive. Mais je ne peux pas me retenir plus longtemps, je dois avouer que c’est faux. Enfin pas tant que ça … mais un peu quand même. Ce que je vous ai présenté précédemment était une version simplifiée de la réalité du terrain. Car dans les faits, les points de références utilisés dépendent du poste du joueur. On va se pencher sur la tactique de l’équipe ligne par ligne et sur les éventuels mécanismes micro-tactiques qui se cachent à l’intérieur de l’ensemble.

Les attaquants

On le voit dans de plus en plus d’équipes aujourd’hui, au point d’être devenu un poncif avec le fameux « la défense ça commence avec les attaquants ». Villarreal ne déroge pas à la règle puisque la première ligne formée des 2 attaquants œuvre véritablement comme un premier rideau intégré au bloc. Une première ligne dont le travail de l’ombre est primordial pour l’équipe de Marcelino.
Leur mission est simple : ils doivent contrôler le centre du terrain.

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Lorsque le ballon se situe dans les 3 couloirs centraux du terrain, les attaquants ont pour référence le ballon et l’espace. La doublette occupe alors la largeur du rond central, 10m après la médiane, et coulisse avec le ballon. Mais malgré leur volonté de contrôler cette zone du terrain, ils ne réalisent pas de marquage sur le milieu reculé adverse. Ils prennent malgré tout régulièrement l’information de la position de ce milieu pour réagir rapidement en cas de passe.

La référence « ballon » génère le coulissage de la première ligne : leur positionnement est influencé par la position du ballon.
La référence « espace » fait qu’ils privilégient la couverture de l’espace qui leur est assigné plutôt que la couverture de la solution de passe. Cependant ils réagissent évidemment en cas de passe car ils doivent empêcher l’adversaire de jouer dans cette zone.

Avec ce travail la doublette force l’adversaire à jouer sur l’aile vers le latéral. Le comportement des attaquants change lorsque le ballon sort des 3 couloirs centraux évoqués précédemment. Dès lors les références utilisées par l’attaquant côté ballon sont modifiées puisqu’il doit maintenant prendre en compte l’adversaire plutôt que l’espace. Ce changement, qui peut sembler léger, témoigne en réalité d’un changement d’approche du collectif : lorsque le ballon est dans l’axe, il faut inciter le jeu vers le couloir. Et lorsqu’il se trouve dans cette zone, il faut éviter qu’il en sorte.
L’attaquant côté ballon prend donc en compte la position des adversaires dans le half-space pour se positionner, avec pour mission d’empêcher le jeu vers l’intérieur. Ce verrouillage ne se fait pas par un marquage du joueur dans la zone mais par une défense sur la ligne de passe. L’adversaire est véritablement la 3ème référence dans ce cas de figure : l’attaquant coulisse avec le ballon, il se positionne pour bloquer le half-space côté ballon et il doit faire en sorte de bloquer les lignes de passe s’il peut le faire en contrôlant toujours l’espace.

Défendre sur la ligne de passe permet notamment de mettre sous pression le porteur tout en bloquant le jeu vers l’intérieur, alors que le joueur n’aurait pas cette possibilité s’il devait être au marquage du joueur adverse dans le half-space. Même si dans les faits les attaquants vont rarement cadrer jusqu’à l’aile, cette possibilité ajoute une pression au porteur qui se sent enfermé.
Selon les matchs l’attaquant côté opposé va soit adopter les mêmes références que son coéquipier (ballon/adversaire), et va donc venir coulisser pour se mettre sur la ligne de passe en retrait, soit il va demeurer dans l’axe du terrain pour maintenir un contrôle axial. Dans ce cas il prend donc l’espace comme référence.

Ce travail de la première ligne permet de rendre prévisible l’adversaire en le repoussant dans les couloirs. A cet instant c’est la ligne des milieux qui doit venir en opposition au ballon.

Les milieux

La seconde ligne de Villarreal est composée d’un double pivot et de 2 joueurs de couloir. Lorsque le ballon est dans les 3 couloirs centraux elle adopte un comportement similaire à ses attaquants, en se déplaçant pour s’adapter à la position du ballon. Les milieux excentrés jouent légèrement plus haut que le double pivot et se situent à la verticale de la surface. De plus les décrochages ne sont pas suivis et les joueurs ne sortent pas de leur position pour se rapprocher d’un adversaire (l’adversaire n’est pas une référence). Cependant ils prennent eux aussi très régulièrement les informations autour d’eux pour être prêts à réagir en cas de passe dans leur zone.

La ligne se met en action une fois que le ballon sort de cet espace central et modifie alors son comportement. L’ailier côté ballon vient cadrer le porteur en se positionnant entre le ballon et son but : sa seule référence est le ballon. L’orientation de son corps varie selon les situations, il ne semble pas y avoir de règle pré-définie. Le plus souvent il ne cherche même pas à prendre une orientation spécifique.
Le milieu le plus proche vient le couvrir pour empêcher une passe entre les lignes dans le half-space : ses références sont toujours le ballon et son coéquipier (l’ailier). Cependant il est plus que jamais très attentif aux solutions de passe vers l’avant possibles dans sa zone et doit être dynamique pour les intercepter.
Il peut y avoir débat sur la réelle référence du milieu central : s’occupe-t-il de bloquer l’espace (le half-space) ou de couvrir son coéquipier ? Je pense qu’il s’agit plutôt d’une couverture, mais c’est très difficile d’être affirmatif étant donné que les 2 se confondent quasiment à chaque fois.
Habituellement un milieu central dans cette configuration prend l’adversaire comme référence, et suit les appels pouvant être fait (que ce soit vers la ligne de touche ou en retrait). On en avait la preuve avec les exemples « Ligue 1 » plus haut.
Le second milieu central change de références et doit surtout s’occuper de gérer l’espace central. Il coulisse donc moins que son compère du double pivot et se prépare à le couvrir tout en maintenant de la présence dans l’axe.
Enfin l’ailier opposé ne prend plus que l’espace comme référence, à savoir la zone à la limite du half-space côté faible. Ce qui signifie qu’il ne coulisse pas (ou très peu) pour suivre le ballon, et il ne recule pas pour couvrir son coéquipier au milieu.

Ce comportement de l’ailier permet de garder un très bon accès si l’adversaire parvient à recycler la possession pour changer le jeu. De même le milieu central le plus proche peut facilement venir le couvrir puisqu’il était resté relativement axial et n’avait pas été aspiré vers le ballon.
L’ensemble du mouvement est parfaitement maîtrisé par les milieux de terrain de Villarreal qui font preuve d’une excellente coordination et d’un vrai dynamisme positionnel pour s’adapter immédiatement aux mouvements de leurs coéquipiers.

Et cette maîtrise collective est magnifiée par la capacité de chaque milieu à réagir dynamiquement aux solutions de passe de l’adversaire. C’est particulièrement vrai pour Bruno Soriano et Denis Suarez, mais tous sont capables d’ajuster très rapidement leur position ou l’orientation de leur corps pour couper des lignes de passe. Ces micro-ajustements posent beaucoup de problèmes à l’adversaire qui doit être très attentif pour ne pas voir sa passe interceptée.

Le dynamisme et la cohérence de cette deuxième ligne est une grande force du sous-marin jaune, qui leur permet de repousser l’adversaire très efficacement. Un adversaire qui a tendance à rapidement forcer le jeu vers l’avant, lassé de ne pas trouver la faille.

La défense

La dernière ligne de l’équipe est très bien protégée par les 6 joueurs situés devant elle, mais ça ne les empêche pas d’avoir un peu de boulot (faut bien justifier le salaire!).
Cependant les situations qu’ils doivent gérer sont largement conditionnées par le travail des 2 premières lignes, puisque celles-ci empêchent l’adversaire de jouer au sol dans les 3 couloirs centraux. Une bonne partie de ces situations se développent sur l’aile, lorsque l’équipe adverse parvient à trouver son ailier. Avant que ce joueur excentré ne soit touché, le latéral de Villarreal se positionne rapport à son espace et son adversaire, il ne suit donc pas à tout prix le joueur qui va se coller à la ligne de touche. Ce manque d’accès ne lui permet pas d’empêcher l’ailier de se retourner, il doit donc « se contenter » de le cadrer rapidement pour permettre le repli de son milieu.
Dans son dos le défenseur central côté ballon n’a qu’une référence : l’adversaire. Il ne sort pas de sa position pour couvrir son latéral, seul l’adversaire peut le pousser à quitter l’axe.

Ce choix permet de conserver les centraux au maximum dans la surface de réparation en cas de centre. De nombreux entraîneurs préfèrent cette solution à une couverture classique ayant pour conséquence de dégarnir la surface en emmenant les centraux dans des zones dans lesquelles ils ne sont pas forcément à l’aise.

Recoller les morceaux

Vous avez maintenant compris pourquoi il est faux de dire que Villarreal défend en prenant le ballon, l’espace et les coéquipiers en référence. La simplification a du sens car elle est juste pour la plupart des joueurs, mais on voit qu’il y a des différences selon les postes.
Avec cette approche choisie par Marcelino, son équipe est très dure à manœuvrer et les adversaires sont forcées à jouer sur les ailes car ils ne trouvent pas de solution dans le cœur du jeu. L’image suivante récapitule tout ce qu’on a vu jusqu’à présent.

Le rôle des milieux centraux est particulièrement important, puisque leur couverture de l’ailier est complétée par une vraie volonté d’anticiper les passes voire de tromper l’adversaire via des mouvements très dynamiques. On remarque qu’avec sa position en couverture, le milieu central est ensuite dans une position idéale pour bloquer le jeu à l’intérieur. Les hommes de Marcelino interceptent très régulièrement des ballons de cette manière.
On pourrait parler d’un piège défensif tant le porteur du ballon semble coincé lorsqu’il se retrouve la long de la ligne de touche. Cependant contrairement au pressing trap de l’Atletico, Villarreal laisse souvent des portes de sortie (passes en retrait ou l’ailier face au jeu).

Ces portes de sortie sont accentuées par un aspect micro-tactique inhérent au jeu de Villarreal : les joueurs allant cadrer l’adversaire respectent au maximum une distance d’intervention d’environ 2 mètres. Les hommes de Marcelino excellent lorsqu’il s’agit de cadrer rapidement un adversaire tout en maintenant une distance suffisante pour ne pas se faire éliminer.

Ce travail de cadrage tout en assurant une distance sécurisée est nécessaire puisque les joueurs de Villarreal ne prennent pas l’adversaire comme référence. En effet ils ne sont donc pas au contact du joueur qui va recevoir le ballon, ce qui les oblige à combler le trou rapidement. En arrivant lancés sur l’adversaire ils risqueraient de se faire éliminer s’ils ne maîtrisaient pas parfaitement cet aspect. Mais ils le maîtrisent, ce qui leur permet de défendre en restant debout et sans se faire éliminer. Ce qui explique que l’équipe soit la seconde à tenter le moins de tacles en Liga.

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Villarreal tente très peu de tacles grâce à leur maîtrise de la distance d’intervention

La vidéo suivante regroupe des exemples du bloc défensif dans plusieurs matchs, où l’on retrouve tous les points évoqués jusqu’à présent. Des ingrédients qui font que Villarreal est une équipe très dure à jouer.

Cependant on a vu que l’approche défensive des hommes de Marcelino permet à ses adversaires d’avoir du temps lorsqu’ils reçoivent le ballon. Que ça soit par des références excluant l’adversaire ou par une distance d’intervention plutôt prudente, Villarreal offre des libertés au porteur de balle adverse.

Les limites du sous-marin jaune

Puisqu’il n’existe aucune solution sans faille, l’approche de Villarreal a évidemment des limites. En effet une structure défensive donnant beaucoup plus d’importance à l’espace qu’à l’adversaire génère un manque d’accès qui limite fortement la pression pouvant être mise au porteur adverse. Je l’ai dit précédemment, il faut donc beaucoup de concentration et de patience pour s’opposer à la progression pendant des phases potentiellement très longues puisque le bloc ne force pas l’erreur adverse. Or ce manque d’accès peut permettre à un adversaire habile techniquement et avec beaucoup de libertés positionnelles de mettre en place une structure collective et des combinaisons.

De plus le choix d’avoir des défenseurs centraux ayant une référence très différente du reste de l’équipe crée une discontinuité dans le bloc équipe. Discontinuité qui peut générer des intervalles pouvant être exploités par l’adversaire. Ainsi les adversaires de Villarreal usent (et parfois abusent) de balles en profondeur dans le dos du latéral, qu’ils peuvent facilement ajuster puisqu’il y a peu de pression sur le porteur.
Le FC Seville est l’équipe ayant le mieux exploité les limites structurelles de Villarreal cette saison. Le manque de pression leur a permis d’installer des combinaisons, utilisant leur arrière latéral dans le dos du milieu de Villarreal pour attirer le latéral du sous-marin jaune. L’intervalle latéral-central étant créé, un milieu pouvait partir en profondeur.

L’absence de référence « adversaire » des milieux de terrain est nette puisqu’on voit qu’ils ne suivent pas l’appel en profondeur. Ce qui accentue le problème de l’intervalle créé.

Le Sparta Prague avait fait de même, à nouveau en partant d’une défense à 3, mais les hommes de Ščasný n’avaient pu convertir leurs occasions.

Une autre facette de l’approche défensive de Villarreal pose parfois problème. En effet l’animation défensive évolue lorsque l’équipe se trouve en bloc bas, car les attaquants ne participent plus au travail défensif au-delà d’une certaine hauteur. Un comportement qui a forcément des conséquences négatives sur les performances défensives puisque l’adversaire peut alors dicter le jeu dans le camp de Villarreal.

Cependant ces failles dans la structure défensive ne doivent pas changer le constat général : Villarreal est une équipe qui défend très bien. Leur approche assez extrême a peu d’équivalents en Europe et les adversaires peinent à trouver des réponses face à un comportement qu’ils n’ont pas l’habitude d’affronter.

Ces limites sont générées par des comportements voulus par Marcelino, qui accepte donc les effets négatifs de ces choix car il juge qu’il y a plus d’avantages à évoluer de la sorte. Par exemple le dernier choix évoqué, les attaquants qui se désolidarisent au-delà du bloc bas, permet à Villarreal d’être beaucoup plus efficace lors des transitions offensives. En effet en défendant dans une sorte de 4-4-0-2 en bloc bas, Villarreal s’assure d’avoir immédiatement de la présence aux avant-postes en cas de récupération.

Transition offensive

De plus d’autres aspects de l’approche défensive de Villarreal ont une influence sur la qualité des transitions offensives.
Imaginons une équipe qui prend l’adversaire comme référence. Ce choix leur permet d’être toujours prêt de celui-ci et donc de lui limiter le temps disponible lorsqu’il reçoit le ballon. Cependant en cas de récupération, cela signifie que les joueurs sont proches de leurs adversaires.
Avec une prise de référence plus axée sur l’espace ou les coéquipiers, les joueurs sont immédiatement démarqués lors de la récupération du ballon.
Cette approche défensive permet aussi de conserver un bloc très organisé, ce qui permet, à la récupération, d’avoir une très bonne structure. Structure qui favorise les combinaisons et qui permet d’être très efficace pour gérer un counterpressing.

Villarreal tire grand bénéfice de ces 2 aspects lorsque l’équipe récupère un ballon. Composée de joueurs capables, individuellement, de résister à un pressing, l’équipe profite en plus réellement de l’organisation conservée et des joueurs démarqués pour combiner rapidement via des triangles et des appuis/remises pour s’échapper de la pression adverse.

Lorsque c’est possible, Villarreal profite de ces récupérations pour aller très vite de l’avant et exploiter le déséquilibre. Ce sont les 4 joueurs offensifs qui ont cette responsabilité, avec une vraie volonté de progresser verticalement.
Généralement les attaquants vont, dès la récupération, se mettre dans un couloir, dans la zone du latéral qui était monté. Ceci leur permet de recevoir facilement le ballon pour pouvoir se mettre face au jeu et d’étirer la défense adverse si un coéquipier perfore balle au pied.
Une fois arrivés dans les 30 derniers mètres les joueurs cherchent rapidement la faille : soit par la profondeur, soit par un centre depuis une position très excentrée. De cette manière ils étirent complètement la défense adverse et des duels à égalité numérique sont créés dans la boîte.

Cependant la contre-attaque n’est pas toujours de rigueur, il faut alors que Villarreal construise ses actions.

Attaque placée

Si l’on devait ressortir un mot de l’animation défensive de Villarreal, le mot « structuré » viendrait rapidement à l’esprit. Et on peut en dire autant lorsque l’équipe a le ballon.

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Le sous-marin jaune construit avec ballon dans un 4-4-2, ou plutôt 2-4-4 puisque les latéraux montent d’un cran, tout aussi facilement identifiable que lors de la phase sans ballon.

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Structure et mouvements usuels lorsque l’équipe a le ballon

Rarement un graphique aura été aussi simple, et pourtant il décrit assez bien tout ce qu’on peut voir en match.
Ayant une structure rigide dans laquelle aucun joueur ne se trouve entre les lignes, l’équipe de Marcelino peut difficilement construire dans le bloc adverse.
Par conséquent l’équipe utilise assez peu le milieu de terrain et compte bien plus sur ses défenseurs pour toucher les attaquants. Généralement cette progression se fait sur les ailes, soit par une construction en « U », soit par des mouvements coordonnés sur le flanc.

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L’animation des flancs se base sur un binôme à gauche (ailier et buteur) et un trinôme à droite (ailier, buteur et latéral). A l’intérieur d’un « groupe » les mouvements sont coordonnés pour créer des espaces ou des joueurs libres.
Le binôme du flanc gauche se base sur un mouvement coordonné : l’ailier décroche (soit le long de la ligne soit vers l’intérieur du jeu) tandis que le buteur part en profondeur dans le couloir. Ce mouvement permet de créer une supériorité numérique au niveau du latéral adverse qui doit choisir entre suivre l’appel de l’ailier ou protéger sa zone. Selon le choix de celui-ci, le ballon sera joué en profondeur (vers l’attaquant) ou dans les pieds de l’ailier. Parfois le mouvement est inversé avec le buteur qui décroche et l’ailier qui part en profondeur.
Sur l’autre flanc les possibilités sont un peu plus nombreuses puisque 3 joueurs travaillent ensemble, mais on retrouve généralement les mêmes mécanismes. Le latéral adverse doit cette fois choisir entre le mouvement à l’intérieur de l’ailier (comme à gauche) et le latéral de Villarreal qui vient se positionner très haut et qui n’hésite pas à partir en profondeur si l’espace se libère.
Le buteur vient créer le surnombre pour combiner ou pour partir en profondeur lorsque l’adversaire suit le décrochage.

Si les ailiers reçoivent le ballon dans les pieds après ce mouvement (que ça soit à gauche ou à droite), ils profitent d’être en faux-pied pour repiquer dans l’axe et cherchent le buteur du côté opposé pour faire un appui/remise. Ces séquences sont bien maîtrisées par les hommes de Marcelino qui font preuve de finesse technique et de dynamisme pour prendre de vitesse le bloc adverse.

Malheureusement pour le spectacle ce n’est pas le mécanisme le plus souvent utilisé par Villarreal qui a tendance à chercher très vite la solution en profondeur. Ce plan de jeu s’adapte aux nouvelles forces de l’effectif, avec des attaquants très intelligents dans leurs déplacements et qui profitent d’une grande vitesse (Bakambu) ou d’une qualité dans les déviations (Soldado) pour exploiter l’espace dans le dos de la défense.
Cependant ces passes directes depuis les défenseurs de Villarreal sont souvent lues par les adversaires car la variété dans les mouvements ne permet pas de surprendre les défenses adverses.

Malgré les qualités de Bakambu pour exploiter la profondeur, l’approche offensive de Villarreal est très stérile et l’équipe a beaucoup de mal à se créer des occasions à partir d’attaques placées. On peut d’ailleurs constater que l’équipe de Marcelino est celle qui réalise le moins de passes clés en Liga, preuve que la force du sous-marin se trouve plus dans ses performances défensives que dans la qualité de son jeu offensif.

Key P

Leur approche offensive se base sur l’idée de mettre l’adversaire à la rupture en profitant de chaque erreur de celui-ci. En attaquant avec une structure très large, les deux lignes de 4 s’étirent sur toute la largeur, Villarreal oblige l’adversaire à défendre avec un bloc très étiré horizontalement. Par conséquent les mécanismes de couverture sont quasiment impossibles pour l’adversaire, les défenseurs centraux se trouvant à 20 mètres l’un de l’autre.
La moindre erreur d’appréciation ou d’anticipation peut alors se payer cash.

Villarreal construit donc ses offensives en cherchant la profondeur depuis les défenseurs, tout en étirant au maximum son bloc pour mettre l’adversaire à la rupture.
Deux choix qui ont des conséquences directes sur le comportement de l’équipe lorsque le ballon est perdu.

Transitions défensives

Avec une structure très large lorsque l’équipe a le ballon, Villarreal est dans l’incapacité d’appliquer une grosse pression à la perte de balle car les distances entre les joueurs sont trop importantes.
C’est pourquoi l’équipe n’utilise pas le très à la mode « counterpressing ». Au lieu de ça les joueurs se replient très vite pour reformer le 4-4-2 cher à leur entraîneur.
Pour permettre ce repli les milieux de terrain ont pour objectif de freiner le contre adverse en venant mettre une pression raisonnée sur le porteur de balle et en utilisant le recul-frein.
Une mission qu’ils peuvent remplir car ils se situent la plupart du temps en retrait des ballons perdus, puisque le ballon passe directement des défenseurs aux attaquants.

L’approche offensive a donc une influence majeure sur la manière de gérer la transition défensive.
De plus Villarreal n’a pas un grand intérêt à récupérer immédiatement le ballon puisque l’équipe est très performante en défense placée. Etant aussi plus à l’aise pour attaquer après une récupération médiane ou basse du ballon, l’équipe se satisfait à juste titre d’un simple repli plutôt que d’un pressing à la perte de balle.

Villarreal – Conclusion

Bien loin de l’archétype de l’équipe espagnole aimant redoubler les passes courtes au milieu de terrain, l’équipe de Marcelino est en réalité redoutable de pragmatisme.
Son 4-4-2 prenant pour références l’espace et les coéquipiers, pose des problèmes à ses adversaires qui n’ont pas l’habitude d’affronter ce type d’approche. Adversaires qui n’ont pas le droit à l’erreur face à une équipe qui utilise beaucoup la profondeur, au point d’en abuser parfois, avec intelligence.

Bakambu est le joueur qui profite le plus de cette approche de jeu, grâce à la qualité de ses déplacements et à sa vitesse.
Cependant Denis Suarez est certainement l’élément le plus important du secteur offensif, et il sera intéressant de voir ce que fera Barcelone à son sujet la saison prochaine.

Enfin je ne pouvais terminer sans parler de Bruno, qui est la véritable pierre angulaire de l’équipe. Exceptionnel d’intelligence dans son positionnement défensif, il parvient aussi régulièrement à créer des décalages par des passes lumineuses, malgré une dégaine un peu gauche.

Il ne fait aucun doute qu’on aurait beaucoup plus entendu parler de lui s’il avait été dans une équipe construite autour de ses qualités.

8 thoughts on “Villarreal – Marcelino guide le Yellow Submarine

  • 26 avril 2016 at 00:55
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    Quelle analyse, de plus d’une équipe assez méconnue qui n’intéresse que très peu de personnes, fallait se lancer, certains te traiteront de fou, moi je t’applaudis, peu de talents mais pleins de belles idées cette équipe, qui finalement arriva à éliminer le Napoli, et faire de très bonne perfs contre le Barca et le Real, en espérant une qualification en LDC l’an prochain avec cette 4ème place largement méritée, tu m’as donné envie de voir ce demi contre un Liverpool qui a des problèmes en attaque placée, et qui pourrait avoir des difficultés… Bref continue, tes analyses sont un régal, tu donnes une image, une science au football, c’est passionnant, et tu rends le football plus intéressant, plus grand…

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  • 26 avril 2016 at 16:24
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    Encore une excellente analyse deux questions :

    Le fait que le défenseur central ne couvre pas le latéral n’est-il pas un danger à cause de l’espace qui se crée entre les 2? Si un milieu ou un attaquant prend l’intervalle personne ne peut le contrôler.

    Tu penses quoi du fait que le 4-4-2 soit considéré comme dépassé par beaucoup ( Blanc Deschamps…) alors que les équipes qui défendent le mieux actuellement l’utilisent : Le Real d’Ancelotti Leicester l’Atletico Madrid la Juventus la saison dernière…

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    • 26 avril 2016 at 18:30
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      L’intervalle créé est problématique, on le voit avec l’exemple de Seville dans l’article. C’est surtout problématique quand un milieu vient s’y insérer, car si c’est un attaquant le défenseur central va le suivre.
      C’est un choix de l’entraîneur pour conserver ses hommes forts dans la surface, ce n’est le choix que je ferais.

      Et j’avais rapidement évoqué ce fait (4-4-2 soit-disant inadapté au haut niveau selon Blanc / Deschamps) dans l’article de l’Atletico. Je trouve leur réflexion dépassée, l’idée qui semble se cacher derrière est : « on ne peut pas défendre en laissant 2 mecs se tourner les pouces devant ».

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  • 26 avril 2016 at 17:45
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    Chapeau bas, analyse pointue et détaillée de haute volée, le tout de manière très claire, c’est top !
    Je rêverais de voir ça plus souvent dans les émissions de foot à la télé.

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  • 27 avril 2016 at 18:17
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    Tout simplement bravo. Je me réjouis de voir ce que ça va donner face à Liverpool

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  • 30 avril 2016 at 03:12
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    Pointilleux et compréhensible même pour les jeunes apprentis du domaine , franchement chapeau bas!
    Ecoute , ma réflexion n’est peut être pas en lien direct avec l’article, mais crois tu qu’on pourrait faire du 4-4-2 une approche plus offensive en faisant remonter le bloc le plus haut possible afin d’étouffer l’adversaire et le pousser à reculer le plus bas possible , pour ensuite récupérer le ballon de façon rapide , intense et multiple (2 joueurs ou + sur le porteur du ballon) et pouvoir marquer ? J’ai pensé à cette approche , et je voudrais savoir , d’après toi , si mon approche est cohérente et si une autre équipe a t elle déjà utilisé cette tactique. Merci d’avance pour ta réponse !

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    • 30 avril 2016 at 08:01
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      C’est ce que fais l’Atletico Madrid … lorsqu’ils jouent en bloc haut. Mais tu ne peux pas adopter cette stratégie pendant plusieurs dizaines de minutes, c’est trop usant physiquement.

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  • 20 mai 2016 at 02:26
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    Muy buen análisis. En España el Villarreal sigue teniendo una injustificada fama de equipo jugón, heredada de tiempos anteriores. Como bien ha captado, es pragmático y defensivo, sobre todo, de doble pivote paralelo y poquitos riesgos.

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