Comment Pochettino a fait s’envoler les Spurs de Tottenham

Tottenham ne gagnera pas la Premier League cette saison, mais ils vont terminer sur le podium pour la première fois depuis la saison 89/90, ça commençait à faire long.
Souvent bien placé ces dernières saisons, le club du nord de Londres n’a jamais réussi à se hisser dans les 3 premiers rangs, même lorsque Modric et Bale figuraient parmi les rangs des Spurs. Le club londonien n’a plus de tels joueurs dans son effectif, mais le succès est pourtant au rendez-vous. Pochettino n’y est pas étranger et il confirme, après son très bon passage à Southampton, qu’il est aujourd’hui un entraîneur de 1er plan.

Construite dans un inamovible 4-2-3-1, l’équipe détonne par rapport à ses homologues de Premier League par l’importance accordée à la tactique et au positionnement sur le terrain.

Tottenham

Des principes de jeu (de position)

Après une première saison plutôt neutre, Pochettino a réussi à construire une équipe dont les principes de jeu sont évidents, et qui se sert du ballon comme un outil pour créer des déséquilibres.
N’hésitant pas à utiliser le gardien pour relancer, malgré le jeu au pied quelconque de Lloris, les Spurs bâtissent leurs phases de possession autour d’un carré composé des 2 centraux et du double pivot. Cependant cette dénomination de « carré » ne correspond en rien à la réalité, car ces 4 joueurs forment une structure qui évolue continuellement pour être la plus efficace possible. La fluidité des mouvements a 2 objectifs : générer un joueur libre tout en assurant une occupation spatiale cohérente (*).

Le rôle du double pivot dans cette structure est très intéressant, puisqu’il vient parfaitement compléter la charnière centrale pour s’adapter à la situation. Dier est l’élément central de ce quatuor car il est le joueur qui lit le mieux le jeu, ce qui lui permet de se déplacer où il faut, voire de diriger ses coéquipiers pour qu’ils changent leur positionnement. La structure la plus courante s’articule autour d’un décrochage de Dier qui permet aux centraux de s’écarter tandis que Dembélé reste plus haut, mais elle est loin d’être la seule variation par rapport à l’organisation initiale.

Ces mouvements permettent à Tottenham de générer efficacement des joueurs libres lors de la 1ère phase de relance. Idéalement les Spurs cherchent à libérer Alderweireld pour profiter de sa qualité avec le ballon (on y reviendra plus tard). Cependant les autres joueurs n’hésitent pas à prendre leurs responsabilités s’ils deviennent l’homme libre, qu’ils soient défenseurs centraux (Vertonghen ou Kimmer) ou membres du double pivot (Dier, Dembélé ou Eriksen). Seul Carroll a tendance à beaucoup plus œuvrer pour ouvrir les espaces que pour les exploiter.

Une fois ce joueur libre en possession du ballon, l’équipe de Pochettino change de rythme et s’organise pour faire progresser le ballon très rapidement. Cette progression se base sur les 3 milieux offensifs qui sont très orientés « ballon » et par conséquent se déplacent ensemble et restent compacts.
La plupart du temps ces 3 joueurs offensifs restent derrière le milieu adverse en proposant des solutions dans les intervalles, même s’il arrive que l’un d’entre eux décroche lorsque Dier va se positionner entre les centraux, pour reformer un double pivot devant la 1ère ligne. Il profite alors de sa position reculée pour faire face au jeu et trouver des lignes de passe vers l’avant.
Le positionnement de ces 3 milieux offensifs est particulièrement intéressant. Ayant l’objectif de recevoir le ballon derrière les milieux adverses pour faire progresser le jeu, ils sont constamment actifs pour ouvrir des lignes de passe en se situant dans le cœur du jeu. Cependant il est nécessaire de pouvoir se mettre rapidement face au jeu pour bonifier une passe qui casse les lignes, et il n’est pas toujours simple de se retourner en recevant le ballon entre les lignes … et ça l’est encore moins lorsqu’il s’agit d’une passe verticale (car le receveur est généralement dos au but).
Dans ces phases Tottenham utilise la proximité des 3 milieux offensifs, qui sont compacts car orientés ballon, pour combiner très rapidement afin de permettre à un offensif d’avoir le ballon face au jeu.

Ainsi l’offensif qui reçoit le ballon entre les lignes est souvent utilisé pour des déviations ou des remises, ce qui permet de faire progresser rapidement le ballon tout en conservant le porteur face au jeu. Ce souhait d’avoir le ballon face au jeu est vraiment prégnant dans le jeu des Spurs, on en retrouvera d’autres exemples par la suite.
Le jeu de combinaison est rendu possible par l’excellent positionnement des 3 joueurs, qui font en sorte d’occuper chacun un couloir différent tout en s’échelonnant pour créer des lignes de passe (**).

De plus ces combinaisons axiales aspirent l’adversaire et libèrent les côtés, les actions de Tottenham se construisent donc souvent autour d’un travail pour libérer un central, puis une passe verticale vers un milieu offensif qui combine avec ses partenaires à proximité, pour lancer le latéral qui arrive lancé.

Parmi les 5 joueurs offensifs les plus régulièrement utilisés (Alli, Eriksen, Lamela, Son et Chadli), le premier se détache clairement dans sa capacité à être trouvé entre les lignes et à se retourner sur sa prise de balle. Eriksen a un rôle plus complet car il vient parfois en retrait du milieu adverse pour utiliser sa qualité de passe, tandis que Lamela se montre très créatif dans ses déviations et ses passes.

Cependant il n’est pas toujours possible de faire progresser le ballon vers les milieux offensifs puisque le bloc adverse cherche souvent à empêcher les solutions axiales. Le bloc adverse devient alors très compact horizontalement pour réduire autant que possible les intervalles entre les milieux.
Pour contrer ce type de comportement il est nécessaire d’amener de la largeur dans le jeu, et chez les Spurs ce sont les latéraux qui doivent s’en charger.

La phase de préparation gérée par le quatuor mentionné précédemment permet le plus souvent de créer un homme libre dans un half-space. Son premier objectif est de trouver une solution dans le cœur du jeu, vers ses milieux offensifs. Mais si cette solution est verrouillée par un bloc adverse compact face au ballon, il n’hésite pas à allonger le jeu vers le côté opposé pour exploiter l’espace libre. Dier et Alderweireld sont particulièrement importants lorsque cette solution se présente car ils excellent dans l’exécution de transversales tendues.

La volonté d’exploiter l’espace libre pour créer le déséquilibre est évidente lors de ces longues diagonales, qui sont toujours réalisées dans l’espace et non pas dans les pieds du latéral. Cette prise de risque dans la passe (tendue et dans l’espace) est récompensée par le déséquilibre qu’elle génère.
Ces situations sont le plus souvent conclues par un centre déclenché très rapidement, pour prendre de vitesse une défense qui n’aura pas eu le temps de s’organiser. Les qualités de vitesse et d’explosivité de Walker et Rose sont particulièrement utiles pour gagner les 1 contre 1 qu’ils peuvent avoir à gérer.
La création de l’homme libre, à la base de l’action, vise souvent à libérer un central qui se trouve positionné dans un half-space grâce au décrochage de Dier. Cette position n’est pas anodine, car elle permet (contrairement à un joueur libre axial) de véritablement fixer le bloc adverse sur une moitié de terrain. Ce phénomène est souvent accentué par le défenseur central qui, sachant qu’il va jouer une diagonale, monte balle au pied pour attirer l’adversaire (***), augmentant encore l’espace à l’opposé.

Ces passes diagonales sont une arme majeure dans le jeu de Tottenham, les adversaires ont beaucoup de mal à défendre face à celles-ci. On pourrait penser qu’il est facile de savoir qu’ils vont utiliser ces changements de jeu, cependant l’adversaire doit d’abord se concentrer pour contrôler l’axe du terrain. Comme l’a très bien dit Guardiola :

Pour attaquer efficacement par le centre du terrain, vous avez besoin de joueurs positionnés très large. Et pour bien attaquer par les ailes, vous devez être capable de bien jouer au centre du terrain – Pep Guardiola

L’excellent positionnement des offensifs de Tottenham oblige l’adversaire à être très compact dans l’axe et leur permet donc d’attaquer efficacement sur les ailes.

Lorsque l’équipe parvient à progresser jusqu’à se retrouver en bloc haut, face à un adversaire regroupé devant sa surface, elle n’hésite pas à faire circuler le ballon patiemment pour trouver un joueur libre. Une fois cette condition atteinte, les joueurs tentent de conclure l’action très rapidement. Pour cela elle peut compter sur les qualités de frappes de ses joueurs.

Une autre solution régulièrement utilisée est le recours à des passes lobées par-dessus la défense. Bien connues des joueurs de FIFA, ces fameuses passes lobées pourraient ressembler à des tentatives désespérées. Mais il ne faut pas se tromper, elles sont loin d’être des ballons jetés en profondeur en espérant une fin positive.
Comme dans toutes les phases de jeu avec ballon de Tottenham, une grande importance est accordée à l’orientation du receveur. Pas question de faire des passes pour un joueur partant s’exiler vers la ligne de touche, les solutions choisies permettent au potentiel receveur d’arriver lancé sur la cage.
Cette orientation est obtenue par le choix des courses des attaquants mais aussi par le point de départ de la passe. Avec une volonté de construire depuis les half-space (ce n’est pas un hasard, cet espace présente un grand intérêt. Je vous invite à lire l’analyse de René Maric à ce sujet), les joueurs de Tottenham s’ouvrent des lignes de passe très intéressantes, qui sont parfaitement utilisées par les courses offensives.

Cette solution gagne encore en efficacité lorsque des joueurs se trouvent entre les lignes adverses. En effet ceux-ci proposant des solutions de passe dans le dos du milieu adverse, ils obligent les défenseurs à être très attentifs pour se tenir prêt à sortir et empêcher le joueur de se retourner.
L’orientation ballon et le bon positionnement entre les lignes des offensifs de Tottenham force les défenseurs adverses à se concentrer sur ce qui se passe devant eux. Ainsi les appels provenant de ce que j’appelle le « 3ème rideau » (le 3ème offensif le plus loin de l’action, généralement positionné dans le half-space opposé) sont diablement efficaces, car la course va vers le but adverse et part dans le dos des centraux qui sont concentrés sur ce qu’il se passe devant eux.

Vous avez pu le noter à la fin de cette vidéo, l’utilisation d’appels en « 3ème rideau » ne se limite pas aux situations de bloc haut. On en aura une nouvelle preuve par la suite.

Revenons aux phases de construction depuis le quatuor. Il arrive que l’homme libre généré par ces 4 joueurs ne trouve pas de solution pour progresser. C’est même plutôt courant puisque pour pouvoir progresser il faut avoir un bon timing entre le passeur et les receveurs, et ce timing ne peut pas être respecté pendant 90 minutes. Lorsque cela arrive, les Spurs utilisent les latéraux comme une planche pour remiser le ballon sur un joueur venu en soutien.
La structure de l’équipe est à nouveau très importante puisque sans soutien disponible, le latéral se retrouverait automatiquement isolé le long de la ligne de touche.

Cette utilisation du latéral est souvent suivie d’un jeu vertical pour exploiter la désorganisation du bloc adverse qui a dû coulisser. On peut presque parler de « building trap » (en opposition au pressing trap) puisque Tottenham va chercher le latéral pour inciter son adversaire à se désorganiser : souvent les équipes sont très agressives à la retombée de diagonales, car le receveur n’est pas dans une situation idéale, elles peuvent donc se découvrir.
Vous pourrez noter que l’on retrouve des appels en « 3ème rideau », véritable pêché mignon des Spurs.

Vous l’avez sans doute remarqué au fil de ce paragraphe, Pochettino accorde une grande importante à la structure de son équipe. L’équipe fonctionne vraiment avec une volonté de maîtriser le positionnement de chacun pour magnifier le collectif. C’est ce qu’on appelle le jeu de position, si cher à Guardiola. On en a retrouvé des principes fondateurs :
(*) : L’homme libre
(**) : Echelonnement avec des joueurs dans des couloirs différents et à des hauteurs différentes.
(***) : La fameuse « conduccion »

On pourrait aussi parler de l’importance donnée à l’orientation du porteur du ballon, les joueurs ne cherchent que très rarement à se retourner s’ils ont reçu dos au but avec un joueur qui les gêne. L’orientation des milieux offensifs est d’ailleurs un axe d’amélioration, particulièrement Son et Lamela qui ont du mal à s’orienter face au but lorsqu’ils reçoivent le ballon entre les lignes.

Cependant Tottenham est loin de jouer comme le faisait Barcelone, car Pochettino demande beaucoup plus de verticalité à ses joueurs. La recherche de l’homme libre est fondamentale sur les 2 premières phases de jeu (depuis le gardien et sur le quatuor central), mais ensuite l’équipe n’hésite pas à tenter des circuits de passe compliqués pour générer du déséquilibre, plutôt que de continuer à construire patiemment pour trouver des joueurs vraiment libres.

Ces actions sont très représentatives de tout ce qu’on a pu voir jusqu’à présent, elles montrent comment les principes de Tottenham permettent à l’équipe de construire depuis la base jusqu’au but adverse. Restez bien jusqu’à la fin de la vidéo, le dernier extrait est une vraie démonstration du jeu des Spurs.

La structure de l’équipe est vraiment sa force et c’est celle-ci qui explique leurs performances avec le ballon. Mais cette qualité positionnelle a aussi un impact lorsqu’ils perdent le ballon.

Transition défensive

La volonté de créer rapidement des déséquilibres est une stratégie ambitieuse, qui génère évidemment de nombreuses pertes de balle. Or on sait que dans le football moderne les espaces se font plus rares, ce qui donne encore plus d’importance aux phases de transition durant lesquelles les équipes peuvent être désorganisées.
Se retrouvant régulièrement en phase de transition défensive, l’équipe de Pochettino est obligée de maîtriser cette phase de jeu si elle veut pouvoir tenir sur le long terme.
On a vu que lors des phases de possession, chaque joueur était très attentif à son positionnement et à la structure de l’équipe autour du ballon. Cette structure leur permet d’empêcher l’adversaire de prendre de la vitesse à la récupération du ballon, avec au moins 2 joueurs qui occupent le half-space et le centre (côté ballon) et qui freinent la contre-attaque.
Pendant ce temps le reste du bloc se replie très vite en convergeant vers le ballon.

L’équipe de Tottenham ne réalise pas forcément un counterpress immédiat à la perte du ballon mais profite du repli de ses offensifs pour enfermer le porteur. Une fois le repli effectué, les joueurs offensifs vont mettre la pression sur le porteur pour mettre en difficulté l’adversaire qui n’a pas encore eu le temps de s’organiser.

Les joueurs qui restent en retrait du ballon lors des phases de possession sont essentiels pour l’équilibre de l’équipe, car ils doivent empêcher toute prise de vitesse de l’adversaire à la perte de balle.
On retrouve ce même soucis de la couverture des espaces sur les corners offensifs des Spurs, ce qui leur permet d’éviter les contres adverses mais aussi de récupérer les seconds ballons.

Cette maîtrise des phases de transition défensive est vraiment un point fort du jeu de l’équipe de Pochettino. Elle s’appuie notamment sur le gros travail des 3 offensifs, qui mettent beaucoup d’énergie pour chasser l’adversaire et tenter de récupérer la balle. Ce n’est pas un hasard si l’on retrouve 3 des 4 joueurs occupant cette ligne aux premières places parmi les joueurs offensifs tentant le plus d’interventions.

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Les interventions défensives tentées par les joueurs offensifs en Premier League

Bloc défensif

Lorsque l’adversaire parvient à mettre en place une possession sécurisée, les Spurs se replacent en bloc médian dans le 4-2-3-1 défini au coup d’envoi.

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Le positionnement des ailiers variant selon les actions et les matchs, l’organisation peut parfois ressembler à un 4-4-1-1. Quel que soit le choix, Tottenham cherche à empêcher l’adversaire de jouer dans l’axe du terrain. Pochettino considère cette zone comme la plus importante du terrain car elle offre de nombreuses solutions à l’adversaire.

Déjà, on doit bloquer l’axe. Il nous répète toujours que c’est le cœur du jeu et qu’il y a toujours plus de solutions depuis l’axe : changements de côté, etc – Morgan Schneiderlin

On le voit sur l’image précédente, les milieux offensifs excentrés ne s’occupent pas des couloirs, mais plutôt des half-space. La forte présence axiale empêche l’adversaire d’y trouver des joueurs libres, et le double pivot n’hésite pas à sortir pour suivre les décrochages à hauteur de la ligne des 3 offensifs. L’objectif est de forcer le jeu dans les couloirs, pour déclencher un pressing trap très classique.

Le latéral est cadré par le milieu offensif excentré, qui fait en sorte d’empêcher les passes vers le half-space par son positionnement. Le joueur ne va pas au duel avec le porteur de balle, mais l’empêche de trouver une solution facile. Autour de lui les joueurs bloquent les solutions de passe en faisant un marquage individuel ou en se mettant sur la ligne de passe
Privé de solutions vers l’avant, le joueur a tendance à recycler la possession en revenant vers son défenseur central. Celui-ci se fait enfermer par Kane qui vient le pousser vers la ligne de touche et l’oblige à se débarrasser du ballon.

Une légère variante pour être utilisée lorsqu’une passe est réalisée entre les défenseurs centraux. Cette passe est un déclencheur du pressing, qui amène Kane ou Alli à faire une course courbée pour enfermer le central et lui « couper le terrain en deux ». De la même manière les joueurs plus bas coupent les solutions de passe en étant au marquage.
Comme dans le cas de l’Atletico Madrid, c’est alors l’attaquant qui déclenche le pressing.

Il souhaite qu’on récupère le ballon le plus haut possible. Donc pour ça, c’est normalement à un attaquant de déclencher ce pressing et on doit tous suivre. […] Souvent, c’est lui (Lambert) ou Osvaldo qui doivent déclencher le premier pressing. Et si l’un d’entre eux commence, cela déclenche le processus – À nouveau Morgan Schneiderlin, époque Southampton

L’utilisation des « cover-shadow » par les deux joueurs avancés est essentielle dans ce pressing trap, car ils doivent généralement défendre en 2 contre 3, face aux centraux et au pivot adverse.

Il insiste beaucoup sur les angles de passe qu’on doit supprimer. De toute façon, quand je presse, je pense toujours à laisser la pire passe possible à l’adversaire. Pochettino nous demande de ne pas laisser plusieurs choix à l’adversaire. Ce qui implique un travail collectif assez énorme – Schneiderlin, encore et toujours

Plutôt efficace en Premier League, face à des équipes qui ont du mal à altérer leur positionnement lors de la phase de relance, ce pressing trap est sommaire et repose sur la crainte du défenseur central d’être pris dans les pieds, affolé de ne pas trouver de solution pour progresser au sol.
Cependant les Spurs ont du mal à répondre aux équipes dont les attaquants décrochent à hauteur de leur double pivot, car les défenseurs de Tottenham sont plutôt réticents à suivre les décrochages. Un tel décrochage engendre une infériorité numérique au milieu pour Tottenham, ce qui est d’autant plus critique qu’ils sont orientés « joueur ».

Cette infériorité numérique n’est pas souvent exploitée par les adversaires de Tottenham en Premier League car les attaquants du championnat anglais ont tendance à ne pas décrocher et à rester à hauteur de la défense. Ozil avait mis en évidence cette faiblesse par ses mouvements.

Un autre soucis provient du choix d’évoluer avec une organisation étalée sur 4 lignes, générant 2 lignes au milieu ayant moins de 4 joueurs. Or il est impossible d’être compact face au ballon tout en conservant une bonne couverture dans la largeur avec des lignes de 2 ou 3 joueurs. Le travail de Alli et Kane permet généralement d’empêcher l’adversaire de fixer d’un côté pour renverser de l’autre, car ils bloquent les joueurs en retrait pouvant réaliser un changement d’aile. Mais si l’adversaire n’est pas assez vite cadré, ou s’il est capable d’éliminer son vis-à-vis, des lignes de passe s’ouvrent.

Ce problème n’existe pas lorsque l’ailier opposé s’insère dans la ligne du milieu, mais régulièrement celui-ci préfère rester plus haut, certainement pour anticiper une transition offensive.

Vous avez dit transition offensive?

Ayant des joueurs offensifs capables de porter le ballon, d’éliminer leur vis-à-vis et de combiner rapidement, les Spurs profitent logiquement des transitions offensives pour attaquer très vite le but adverse.
Pourtant malgré un bloc médian/haut plutôt efficace et des récupérations hautes régulières via le counterpressing, l’équipe de Pochettino ne figure pas parmi les équipes les plus dangereuses en contre-attaque.

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Tottenham est dans la moyenne du championnat anglais concernant les buts marqués sur phase de contre

Ceci s’explique par la confiance des Spurs en leur capacité à générer des occasions depuis des attaques placées. Par conséquent ils n’hésitent pas à revenir en arrière lorsqu’ils récupèrent le ballon, pour reconstruire une attaque via leurs principes de jeu évoqués précédemment.

Conclusion

Je ne sais pas pour vous, mais moi j’ai été vraiment séduit par cette équipe de Tottenham. Sa volonté de se structurer et sa capacité à altérer son positionnement pour créer des joueurs libres est particulièrement intéressante.
De plus la cohérence dans l’utilisation des espaces libres pose d’énormes problèmes à l’adversaire.
Pochettino doit être félicité pour avoir réussi à transformer cette équipe, car il a réussi à faire progresser ses joueurs pour atteindre ce niveau de performance.

Je suis bien plus conscient de l’aspect tactique et beaucoup plus cohérent (grâce à Pochettino) – Danny Rose

L’attention portée à la structure de l’équipe avec le ballon est vraiment la clef du succès des Spurs. C’est elle qui leur permet d’être si intéressants offensivement mais c’est aussi grâce à elle qu’ils sont la meilleure défense de Premier League.
En effet le bloc en défense placée est cohérent et efficace, notamment grâce à la maîtrise de concepts simples (comme couper les lignes de passe), mais il présente des faiblesses qui pourraient être exploitées par l’adversaire. L’équipe de Tottenham est assurément meilleure avec en attaque placée qu’en défense placée.

Cette analyse n’est évidemment pas exhaustive, j’aurais pu mentionner l’importance de Kane pour faire reculer la défense adverse ou encore l’extra-terrestre Dembélé et sa domination dans les duels.

Il sera intéressant de voir le recrutement réalisé par Pochettino cet été, car l’équipe est très homogène et a peu de lacunes. Si l’entraîneur argentin continue à faire progresser ses joueurs, on retrouvera assurément Tottenham en haut du classement l’année prochaine.

N’hésitez pas à partager l’article si vous l’avez aimé, c’est vraiment important!

18 thoughts on “Comment Pochettino a fait s’envoler les Spurs de Tottenham

  • 15 mai 2016 at 22:46
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    Très bon article, sinon comment expliques-tu que Tottenham n’ait inscrit que 70 buts, dont 44 en attaque placée, soit moins que Man City et Arsenal : deux équipes qui ont une science tactique assez faible ? Tottenham aligne 4 joueurs assez haut sur le terrain, c’est assez troublant, sachant que City est proche du néant tactiquement… Irrégularité du trio derrière Kane ? Sinon tu ne penses pas que c’est une équipe qui devrait être plus ambitieuse dans le pressing et système défensif, sachant que 55% de possession pour une équipe aussi bonne en attaque placée, c’est presque dommage de ne pas essayer d’avoir plus le ballon…

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    • 16 mai 2016 at 12:13
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      Je pense que les limites individuelles empêchent de prétendre à marquer 90 buts dans la saison.
      C’est particulièrement net sur les prises de balle des milieux offensifs qui ont du mal à exploiter leur positionnement (Alli, Lamela et surtout Son) par des prises de balle propres. Ces 3 joueurs ont respectivement 6 / 5,1 et 6 ballons perdus dans les pieds (sans compter les dribbles ratés).
      Pour comparaison Silva ou KDB c’est 3,9 et 3,5, de même que Ozil est à 3,9.

      Je trouve aussi que l’équipe manque de profondeur de banc alors qu’elle demande beaucoup d’efforts sur certains postes : les latéraux, il y a un vrai gap entre titulaires et remplaçants (particulièrement à gauche). Kane est tout seul en pointe aussi.

      Concernant la possession, la valeur pourrait effectivement être plus haute car leurs qualités structurelles devraient permettre d’avoir plus. Mais leur volonté de verticaliser assez vite et de conclure vite les actions les force à être souvent en défense placée, des situations bien moins propices à récupérer vite le ballon.
      De plus le jeu au pied très très moyen de Lloris est un vrai problème, il arrive sans mal à jouer court sur sa gauche mais il suffit de faire une course courbée en fermant son flanc gauche pour le condamner au dégagement.

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  • 16 mai 2016 at 12:56
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    Très belle analyse!
    C’est intéressant de voir que Pochettino aussi ne jure que par un seul attaquant de pointe.
    Effectivement avec le seul Harry Kane devant, faudra voir les préparatifs de la saison prochaine.
    L’effectif reste tout de même très jeune. C’est impressionant la progression de certains joueurs.
    Je me rappelle d’un Eric Dier défenseur central au sporting; et avec toute les modularités expliqués dans l’analyse, je comprend mieux leur jeu de position.
    Pour la saison prochaine, gagneront-ils à plus de conservation de ballon, pour mieux préparer leurs attaques (donc à augmenter leur possession)? ou plutôt à presser « tout terrain » en prévision d’un regain futur de ManU, City, Liverpool?

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    • 16 mai 2016 at 18:59
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      Tout à fait, tu fais bien de le dire, l’effectif était très jeune. Pas un joueur de 30ans à part Vorm.

      Difficile de prévoir ce qui fonctionnerait le mieux, vaut-il mieux prendre un peu plus de temps pour préparer les occasions ou chercher à récupérer le ballon plus vite en défense placée? Cependant ça me semble difficile d’envisager le second sans y associer le premier, d’un point de vue physique.

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  • 16 mai 2016 at 17:33
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    Bonjour Analys’,
    Tu utilises quoi pour faire tes gif de tableau tactique?

    Reply
    • 16 mai 2016 at 19:00
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      J’utilise Photoshop, et ses outils d’animation.

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  • 16 mai 2016 at 21:24
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    Bonjour, et encore une fois merci pour ce super article! Je suis sidéré par tes connaissances tactiques à chaque fois 😉

    J’ai une question : pourquoi ne voit-on pas plus de buts dans les exemples vidéos de la première partie? (on n’en voit qu’un me semble-t-il). C’est bien la finalité qui valide ou non la pertinence des principes de jeu choisis par Pochettino dont tu veux nous faire prendre conscience non? Par exemple, je me suis demandé en quoi le fait de choisir de tirer de loin face aux équipes défendant en bloc bas était le bon, puisque si les tirs montrés étaient dangereux, aucun ne fait but. Et idem pour les autres principes expliqués. Est-ce que je me trompe en pensant que ce qu’on cherche à comprendre c’est comment marque Tottenham au final (quand on s’intéresse à son fonctionnement offensif) ? Merci d’avance pour ta réponse 😉

    Romain

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    • 17 mai 2016 at 08:02
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      Salut Romain,

      Il faut savoir que j’essaye de choisir les extraits où l’on voit le mieux les principes décrits. Or c’est plutôt rare d’avoir un beau but bien construit où l’on voit bien les mécanismes. Des exemples comme celui face à Liverpool, où l’on voit chaque principe de jeu qui permet de générer une grosse occasion, sont rares.
      Par exemple les frappes de loin n’ont pas donné de but, mais beaucoup de corners ont été obtenus. Et si tu es très attentif tu noteras qu’ils ont mis 2 buts face à Swansea sur des corners, un but dans lequel ils ont beaucoup utilisé les frappes de loin.

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  • 17 mai 2016 at 19:34
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    Merci beaucoup! ( viens a paname un jour mon petit pochettino)

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  • 17 mai 2016 at 19:47
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    J ai beaucoup aime le paragraphe sur les principes de jeu et les principes pour remonter le ballon. Si l’idee de jouer avec 3 milieux offensifs entre les lignes est une idee de Pochetinno, l’idee de liberer un central et les transversales est tres Bielsiste. C est donc pour moi une evolution tres interessante par rapport aux principes du Professeur (on se souvient notamment qu’Imbula etait souvent isole au milieu avec une equipe se disposant en U autour de lui).
    D’ailleurs il serait interessant de faire une comparaison de Bielsa et de ses fideles (Pep bien sur, mais aussi Pochetino et Berizzo) – qu’ont ils amene de plus? En quoi leurs evolutions adaptes par rapport au modele originales sont superieures (ou non)…ca peut etre tres long mais tres interessant./

    Encore bravo pour le super taf sur Tottenham.

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  • 17 mai 2016 at 21:04
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    « Par exemple les frappes de loin n’ont pas donné de but, mais beaucoup de corners ont été obtenus »

    En effet et je rajouterais que c’est la meilleure équipe sur CPA en Europe je crois, une des forces de ce Tottenham est justement cette capacité à varier attaque placée, pour obtenir de nombreux CPA qui peuvent ensuite transformer, souvent grâce à Eriksen, une arme monstrueuse sur pratiquement tous les plans de jeu… Après pour revenir au peu de buts marqué par le trio derrière Kane, j’ai remarqué une stat intéressante : le taux frappes/buts est finalement très faible pour le trio Eriksen, Lamela et Son.Eriken est à 7% et Lamela 13%; c’est un taux très faible pour deux joueurs très bon dans le jeu, et pose une question, pour des joueurs positionnés si haut sur le terrain, les qualités de finition sont-ils plus importantes que les qualités dans le jeu et création ? Car aujourd’hui même un attaquant qui inscrit 30 buts est infusant pour permettre de viser le sommet, car une équipe à 38 journées doit être capable de viser les 80/100 buts… Et la question revient aussi sur Eriksen, est-il placé trop haut sur le terrain, et ne voudrait-il pas mieux qu’il soit à la création dans le double pivot ?

    ps : Sinon une autre question, tu trouves où les stats des ballons perdus par joueurs /matchs, elle est intéressante ?

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  • 18 mai 2016 at 13:29
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    Super article, merci beaucoup.

    Notre grosse lacune cette année, c’est clairement l’incapacité de nos joueurs offensifs à être plus décisifs. Même Kane, il a beau finir avec 25 buts, ses stats de frappes / frappes cadrées auraient du lui permettre de dépasser les 30 facilement. On ne peut pas se permettre de faire une nouvelle saison en étant l’équipe qui se créée le plus d’occasions, qui cadre 60% de ses frappes mais qui ne marque pas plus de 80 buts sur la saison. Cette douzaine de but qu’on ne marque pas cette saison nous fait perdre autant de pts.

    Le recrutement va être déterminant pour continuer cette évolution la saison prochaine et faire preuve d’ambition. Il n’y aura probablement pas de révolution dans le 11 titulaire mais le banc lui risque de changer en profondeur. Il a montré ses lacunes sur les 4 derniers matchs avec les suspensions de Dembélé et Alli. Mason et Carroll ne sont pas au niveau d’exigence de Pochettino et Chadli et Son doivent clairement se reprendre en mains ou partir.

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  • 28 mai 2016 at 06:59
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    does someone knows whats name of this animation program?

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  • 9 juin 2016 at 00:17
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    Salut Analys’

    Suite à la récente nouvelle d’Unai Emery au PSG, feras-tu un article sur lui ?

    J’ai su que cet entraîneur a une philosophie très précise concernant sa vision du football et et du jeu.
    Par exemple, il semblerait qu’il base son jeu sur les latéraux, ces derniers étant les pièces maîtresses de son plan tactique.

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    • 9 juin 2016 at 18:15
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      Salut Abdel,

      Ce n’est pas prévu au programme pour l’instant, donc dans le prochain mois c’est à peu près sûr que non.
      C’est possible que ça se fasse pour plus tard, mais je n’ai rien de fixé donc je préfère ne pas dire « oui ».

      Reply
  • 15 décembre 2016 at 17:37
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    Bonjour Thomas,

    Merci pour cet article et la qualité de travail fournit dans tes analyses qui restent les meilleurs au niveau francophone.

    J’aurais aimé avoir la définition exacte de ses 3 termes que tu utilise réguliérement dans tes articles :

    – Pressing trap
    – Cover-shadow
    – Jeu de position (surtout ce dernier qui reste assez vague pour moi).

    Merci d’avance, en espérant te lire à nouveau à propos d’une autre équipe.

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    • 27 décembre 2016 at 10:17
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      Bonjour,

      Pour la notion de pressing trap je t’invite à lire mes 3 articles sur le pressing, tu devrais y voir plus clair après cela 😉 Grosso modo, c’est un piège tendu par l’équipe qui défend, qui force l’adversaire à jouer dans une zone précise pour ensuite venir la presser.
      Le cover-shadow c’est « défendre sur la ligne de passe ». En se mettant entre le porteur du ballon et le potentiel receveur, on met le receveur dans son « ombre », on couvre donc la ligne de passe.

      Pour le jeu de position c’est impossible de le résumer dans un commentaire. Là encore je t’invite à lire mon article sur le sujet :
      http://analysport.fr/guardiola-bayern/

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