PSG – Barcelone : Un choc vu depuis les half-space

Le PSG est sorti vainqueurs d’un duel de haute volée avec Chelsea lors des 8ème de finale, et il s’apprête à affronter le FC Barcelone lors des quarts de finale.
Un gros morceau bien connu des Parisiens qui ont déjà eu à affronter les catalans lors de la phase de poule. La double confrontation avait été assez équilibrée (victoire 3-2 puis défaite 1-3 pour le PSG), ce qui laisse penser que le PSG aura sa carte à jouer pour atteindre le dernier carré.

Et pour étudier ce choc on va se pencher sur la gestion défensive des « half-space » de la part du PSG. Je me doute que là ça ne sonne pas terriblement sexy comme programme, mais cela pourrait être bien le point critique de la défense parisienne.

Half-space, kezako?

Un point de vocabulaire nécessaire pour débuter cet article, puisque la notion de half-space n’a pas encore été abordée explicitement sur le site. Pour faire court, les half-space se trouvent à cheval sur les couloirs et l’axe central. Plutôt que de découper le terrain en 3 zones verticales (aile, centre et aile) on le découpe en 5 (aile, half-space, centre, half-space et aile) :

halfpsace

Ces espaces offrent un grand potentiel pour l’adversaire, il est donc nécessaire de réfléchir à la manière de les défendre. Je vous conseille la lecture de ce très bon article de René Maric à ce sujet.

Quand est-ce qu’on doit les défendre ces half-space?

La question peut paraître C’est difficile d’apporter une réponse claire et tranchée à ce sujet. En effet la défense des espaces se définit de la sorte :

  • Axe central : Il doit toujours être défendu (avoir des joueurs), quelle que soit la position du ballon.
  • Ailes : L’aile est défendue uniquement lorsque le ballon est sur l’aile ou à proximité de celle-ci : si le ballon est sur l’aile gauche, aucun défenseur n’occupe l’aile droite. Le plus souvent les ailes ne sont pas non plus occupées lorsque le ballon est dans le couloir central (cf défense de l’Atletico sur l’article précédent)
  • Half-space : On peut simplifier en disant que ces espaces sont toujours défendus, quelle que soit la position du ballon. Cependant certaines équipes font le choix d’être très compactes et donc ne défendent pas le half-space opposé au ballon : si le ballon est sur l’aile gauche, toute l’équipe est dans la moitié gauche du terrain donc le half-space droit est libre

Pas étonnant d’avoir une moitié de réponse concernant des demi-espaces!

Par la suite on ne va pas s’intéresser à la défense du côté opposé mais plutôt à la compacité du PSG dans la zone autour du ballon. Une notion que l’on peut séparer en 2 situations :

  1. Le ballon est dans l’axe central => Capacité à avoir un bloc compact
  2. Le ballon est dans un couloir => Capacité du bloc à coulisser

Au cas où ça ne serait pas clair, ces situations renvoient à un PSG avec un bloc défensif bas pour protéger son but. Un scénario qui sera certainement observable à de multiples reprises face au FC Barcelone.

Une unité compacte et impénétrable!

Lorsque l’adversaire a le ballon dans l’axe, il est primordial d’être très compact sur l’axe ballon-but. Pour assurer cette compacité on sacrifie généralement les couloirs pour avoir la plus grande densité de joueurs dans l’axe (car plus de joueurs => moins d’espaces).

Et cette compacité axiale est peut-être le point fort défensif du PSG. En effet on a pu voir en C1, que ça soit contre Chelsea ou contre Barcelone, que les Parisiens étaient capables de verrouiller l’axe du terrain par leur positionnement :

Deux organisations différentes (4-3-3 et 4-4-2) mais une idée directrice, ne pas laisser l’adversaire déployer son jeu dans l’axe du terrain.
Cette compacité a permis au PSG de plutôt bien contenir ses adversaires en C1, et nul doute que ça sera à nouveau un point majeur de la double confrontation à venir.


 

Comme vous pouvez le voir sur la dernière image, cette compacité axiale est particulièrement visible sur la charnière centrale, qui préfère rester dans l’axe pour verrouiller cet espace plutôt que de coulisser avec le reste du bloc.

Pour quelles conséquences ?

Un centre fort, d’accord. Mais les half-space?

En effet si la charnière centrale reste très compacte dans l’axe du terrain, c’est parce qu’elle choisit (la plupart du temps) de ne pas couvrir ses latéraux. Elle abandonne alors le schéma de la défense en escalier qui est la structure habituelle pour défendre :

escalier
La défense en escalier, un grand classique.

Mais ce n’est pas pour autant que la couverture du latéral est abandonnée par le PSG! L’intervalle entre central et latéral correspondant généralement au half-space, ce serait une folie de ne pas le défendre.
Simplement la couverture n’est plus assurée par le défenseur central mais par un milieu : le plus souvent ce sont les relayeurs (Verratti et Matuidi) qui viennent couvrir.

La gestion des half-space sur la ligne défensive revient donc à penser la couverture du latéral dans la tactique collective. Défense en escalier ou implication des milieux, 2 solutions pour un même objectif : ne pas laisser à l’adversaire la possibilité de jouer dans les half-space. Le PSG s’est tourné vers la seconde solution, on verra ensuite quelles en sont les conséquences.

Et par rapport à Barcelone, ça annonce quoi?

Le PSG ayant déjà rencontré le FC Barcelone, il est intéressant de regarder comment ces intervalles avaient été gérés à l’époque.
Côté parisien pas de surprise, les latéraux n’hésitaient pas à aller cadrer leur adversaire près de la ligne de touche et les centraux conservaient leur position axiale, laissant le soin aux milieux relayeurs de fermer l’intervalle ainsi créé.
Côté barcelonais, deux compositions très différentes :

compo

Dans les deux cas la largeur offensive était assurée par Pedro et Neymar. Mais au match aller c’est Messi qui occupait la position axiale avec Rakitic et Iniesta en relayeurs, tandis qu’au match retour Messi était en retrait de Suarez avec Busquets et Iniesta en relayeurs.
Les flèches retranscrivent la tendance naturelle des joueurs présents sur le terrain à exploiter les intervalles. Suarez et Rakitic aiment demander le ballon dans les intervalles tandis que Messi est moins mobile et demande le ballon plutôt dans les pieds.
On peut discuter de l’absence de flèche sur Iniesta, car ce dernier va de temps en temps jouer les intervalles de la ligne défensive. Mais j’ai choisi de ne pas en mettre car il est moins mobile verticalement que Rakitic, ces mouvements ne sont pas une base de son jeu.
On peut en conclure que sur les 2 matchs, le FC Barcelone n’a eu qu’un joueur offensif capable d’exploiter les intervalles dans les half-space. Or si on se projette sur le match au Parc des Princes, le PSG devrait affronter une équipe ressemblant à ceci :

compo1-psg

On ne peut jurer de rien mais il semblerait que Luis Enrique ait trouvé sa formule, et je ne vois pas de raison pour qu’il en change. Dans cette organisation, la largeur est assurée par Neymar et Messi tandis que les intervalles sont joués par Suarez ET Rakitic.
Cette modification est loin d’être anecdotique et elle pose de gros problèmes aux adversaires des catalans. En effet il est impensable de laisser de l’espace à Neymar et Messi. Mais en venant les chercher près de la ligne de touche, des intervalles peuvent se créer et le duo Rakitic/Suarez ne se privera pas pour les exploiter.

Barcelone ayant trouvé sa formule après la double confrontation face au PSG, les Parisiens seraient bien mal inspirés de se référer uniquement aux matchs de poule pour anticiper l’affrontement en ¼ de finale.

Désolé Platoche mais moi j’aime la vidéo !

Les habitués du site commencent à en avoir l’habitude, c’est la traditionnelle vidéo qui conclut l’article. J’ai décidé de faire plus court cette fois-ci, en ne mettant que 2 ou 3 exemples de chaque situation décrite dans l’article. On y retrouve le choix de couverture du PSG, des exemples tirés de la double confrontation face à Barcelone et des extraits du Clásico pour voir ce que propose le « nouveau » Barcelone.

Et tout ça, pour quelle conclusion?

Cette analyse ne permet évidemment pas de prédire du résultat de ce duel entre le PSG et Barcelone. Mais je suis persuadé que l’issue sera liée à la gestion de l’intervalle entre latéral et central (et donc des half-space).
En conservant sa charnière centrale dans l’axe du terrain, le PSG s’assure une solidité axiale qui n’est plus à prouver. Mais ce qui est gagné en compacité axiale est perdu en maîtrise des half-space. Car même si les milieux sont très impliqués dans le replacement défensif, ils n’en restent pas moins des milieux et non des défenseurs. Ils auront donc tendance à ne pas suivre les passes lobées en profondeur (comme sur la vidéo), ils ne peuvent pas offrir l’assurance de leur présence sur les transitions défensives ni sur les changements d’ailes rapides :


 

3 thoughts on “PSG – Barcelone : Un choc vu depuis les half-space

  • 23 avril 2015 at 15:22
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    Vraiment mon ami, les félicitations que je te donne sont bien peu de chose à côté du travail que tu fais.
    EXCEPTIONNEL!!

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  • 3 mai 2015 at 06:11
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    Encore un article de haute volée! c’est la folie le boulot que tu fais, ça c’est le foot. tu penses pouvoir réaliser une analyse comparative barca Enrique (formule messi a droite) et celui de guardiola grande époque?

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    • 3 mai 2015 at 09:58
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      Merci beaucoup Joris!
      Ca pourrait se faire effectivement mais pour l’instant j’ai d’autres projets en cours 😉

      Comme ça je dirais que le Barcelone de Luis Enrique se rapproche du Barcelone 2008/2009 avec un trio offensif très mobile et capable de négocier le jeu direct.
      De ce fait ils n’ont pas forcément besoin d’impliquer les latéraux comme c’était le cas à la fin de Guardiola, et conservent donc une meilleure stabilité défensive. Par contre ils sont moins bons dans le counterpressing parce que le bloc est moins compact (car ils attaquent plus vite).

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