Le pressing : Partie 3 avec Roger Schmidt

Pour cette 3ème et dernière partie à propos du pressing réalisé dans le football, on va s’intéresser à Roger Schmidt. Pour ceux qui ne connaissent pas le jeune entraîneur allemand, il est arrivé au Redbull Salzbourg (Autriche) après une belle saison à Paderborn en 2ème division de Bundesliga.
Après 2 saisons en compagnie du taureau qui donne des ailes, il a posé ses valises en Allemagne cet été, pour prendre en main le Bayer Leverkusen.
Petite anecdote à propos de cet article, je l’avais en préparation depuis plusieurs mois mais je n’étais pas sûr de le publier à cause du peu de renommée de Roger Schmidt. Son arrivée à Leverkusen m’a délesté de ce soucis, on parle là d’un entraîneur qui dirige maintenant un grand club européen.

Pressing-Schmidt
Roger Schmidt sous les couleurs du Redbull Salzbourg

Et ce Schmidt, il a un rapport avec le pressing?

Pas d’inquiétude si vous vous posiez cette question, vous n’êtes sûrement pas seuls. En effet autant Klopp, Rodgers ou Bielsa sont des figures de proue du pressing dans le football, autant Roger Schmidt a une médiatisation quasi-nulle. Et pourtant, il est sûrement l’entraîneur qui met en place le pressing le plus extrême à ce jour en Europe.
Et si ce titre que je lui décerne bien volontiers ne vous suffit pas, je vous invite à lire cet excellent article qui détaille l’approche tactique du Redbull Salzbourg de Roger Schmidt. Et je suis sûr que vous reviendrez ici pour avoir la démonstration vidéo.

Alléchant tout ça! Sur le papier ça donne quoi?

L’idée de base du pressing du Redbull Salzbourg, c’est le piège. On en avait rapidement parlé dans la vidéo de l’article précédent avec le dernier exemple concernant l’Athletic Bilbao. Mais cette fois-ci, c’est la base du travail réalisé sur les phases de pressing.
Derrière ce mot de « piège » se cache l’idée qu’on doit amener l’adversaire à jouer dans des zones où il sera possible de le mettre en difficulté sans avoir besoin de multiplier les courses comme peuvent le faire les joueurs de Marcelo Bielsa.

Et pour mettre en place ces pièges, Roger Schmidt ne jure que par son 4-2-4 (ou 4-2-2-2), qu’il utilisait à Salzbourg et qui a été reconduit au Bayer.

compo-pressing

Bon, là tout de suite les zones « pièges » ne sautent pas aux yeux, j’en conviens. Mais c’était important de présenter ce schéma car la disposition tactique a un rôle prépondérant (la première ligne de 4 notamment) dans les pièges utilisés, et comme ça vous pourrez reconnaître les joueurs en question sur la vidéo qui va suivre!

Une fois que l’entraîneur se dit qu’il va mettre en place des pièges sur le terrain (après l’entraîneur-joueur, voici l’entraîneur-chasseur!), il doit répondre à 3 questions :

  • Où?
  • Quand?
  • Comment?

Et c’est en prenant en compte simultanément ces 3 questionnements qu’il est possible de mettre en place une tactique efficace.

Et les réponses? Tu as oublié les réponses!

Ne vous inquiétez pas, vous aurez des réponses à ces 3 questions. Et ce n’est pas moi qui vais y répondre, mais Roger Schmidt. Malheureusement il n’y a pas, à ma connaissance, d’interview de ce brave homme à propos des pièges qu’il a mis en place, je ne vais donc pas pouvoir me contenter de le citer pour répondre aux questions. Au lieu de ça, on va faire parler des images tirées d’équipes qu’il a entraînées. Et puis comme ça, même les descendants de Saint-Thomas seront convaincus que la tactique marche aussi bien sur le terrain que sur le tableau noir.
J’ai précisé au-dessus que les 3 questions devaient être abordées simultanément, car dans les faits elles sont liées. En effet vous ne pouvez pas dire: « On va faire en sorte que l’adversaire joue dans cette zone » sans penser au moyen de le faire jouer dans cette zone. Par contre lorsque vous voulez identifier un piège mis en place, il faut procéder étape par étape. Il faut d’abord chercher la zone du piège, puis voir si elle correspond à une situation précise (par exemple le gardien qui a le ballon) et enfin vérifier qu’il y a bien une structure définie dans l’équipe qui utilise le piège. Si ces 3 points sont vérifiés, il n’y a aucun doute, c’est que le piège a été travaillé à l’entraînement.

Pour ceux qui veulent découvrir ça en image, foncez sur la vidéo parce que là je vais devoir spoiler pour expliquer les bases du pressing piège de Roger Schmidt. Je vais faire assez court car on le comprend bien en visionnant la vidéo, mais vous l’appréhenderez encore mieux si vous savez dès le début ce qu’il faut voir. Voici donc les réponses de Roger Schmidt :

  • Où? : 1: Sur le latéral /// 2: Entre la ligne d’attaque (de 4) et la ligne du milieu (de 2)
  • Quand? : Lorsque l’équipe adverse cherche à construire en repartant de derrière (gardien ou défenseur central)
  • Comment? : En laissant les 2 zones évoquées dans le « Où? » libres, pour inciter l’adversaire à jouer le ballon dans cette zone. Le piège se referme alors grâce à un travail collectif que vous verrez dans la vidéo

Et je ne vais pas vous faire attendre plus longtemps, voici la démonstration en image de cette belle théorie :

Comme vous avez pu le voir, les exemples ont été pris sur des matchs d’Europa League, face à 3 équipes réputées pour leur volonté de jouer court et de construire.
On peut constater le prépondérance du piège installé sur la zone du latéral, qui a repoussé l’Ajax dans sa moitié de terrain pendant tout le match … et ceci à l’Amsterdam Arena!! Si cette zone est choisie pour installer le piège, c’est parce que le Bayer Leverkusen est renforcé par le meilleur défenseur qui soit lorsque le ballon atteint le latéral : La ligne de touche. Et ce n’est pas moi qui l’affirme, cette assertion provient d’un certain Pep Guardiola :

“The touchline is the best defender in the world”

En effet un joueur qui a le ballon le long de la ligne de touche ne peut jouer que d’un côté du terrain, ce qui limite considérablement son champ d’action. Lorsque vous pressez un joueur au milieu du terrain, il peut vous éliminer par un crochet sur la droite ou sur la gauche. Au bord de la ligne de touche, il n’y a plus qu’une solution pour dribbler. Et une seule solution, ça n’est pas assez lorsqu’on affronte un adversaire qui aura forcément anticipé sur ce choix.

Et l’avantage de bloquer la construction offensive adverse dès la base, c’est qu’il n’y a pas besoin de dizaines de pièges à travailler pour tenter de répondre à chaque situation pouvant être rencontrée. La conséquence directe de ce fait est que si le piège échoue, l’équipe de Roger Schmidt se trouve dans une situation critique.
Il sera très intéressant de voir la stratégie adoptée par le Bayer Leverkusen, et donc par Roger Schmidt, face aux meilleures équipes européennes. En effet on trouve dans ces équipes des joueurs qui sont sûrement capables de faire déjouer, de temps en temps, le piège par leurs qualités techniques. Et si le Bayer ne s’adapte pas à cette donnée, je ne serais pas étonné de les voir rentrer avec quelques valises à la fin de leur campagne européenne.

AS Monaco, tu sais à quoi t’attendre!

Car en effet, le Bayer Leverkusen s’est qualifié pour la C1 après avoir éliminé Copenhague lors des barrages. Et ils rencontreront lors des phases de poule l’AS Monaco (le 16/09 et le 26/11) qui vit un début de saison compliqué.
J’espère pour les monégasques que le travail vidéo aura été efficace, car le pressing piège de Roger Schmidt est déjà très efficace au Bayer Leverkusen. Car si les derniers résultats peuvent laisser penser que l’équipe a du mal à dominer ses matchs, une analyse un peu plus complète montre que le Bayer Leverkusen est déjà un gros morceau :

  • 3-3 face au Werder Brême. 26 tirs à 8 et seulement 52% de passes réussies pour le Werder (contre 64% et 74% sur ses matchs précédents)
  • Victoire 4-2 face au Herta Berlin. 21 tirs à 3 et seulement 47% de passes réussies pour le Herta (67% et 80% sur ses 2 autres matchs)
  • Victoire 4-0 face à Copenhague.
  • Victoire 2-0 à Dortmund. 11 tirs de chaque côté, 71% de passes réussies pour le Borussia (75% et 85% sur les matchs suivants)
  • Le pressing de Leverkusen lui permet de limiter au maximum les opportunités adverses. Cependant les risques pris se payent cash lorsque le pressing est raté. Si Monaco veut se sortir du bourbier allemand, il lui faudra sûrement faire preuve d’une grande qualité technique pour ne pas être pris dans les mailles du filet de Roger Schmidt.
    La seconde solution serait de sacrifier ses ambitions lors des phases de construction, par le biais de longs ballons joués vers les attaquants; De cette manière il est possible d’éviter les pièges tendus par la première ligne de 4 du Bayer. Mais c’est une stratégie qui demande beaucoup de pragmatisme de la part de l’ensemble de l’équipe (staff et joueurs) et qui n’assure en rien la victoire. En effet le Bayer Leverkusen, comme le RedBull Salzbourg, s’est doté de joueurs très agressifs et très forts dans les duels sur ses lignes arrières.

    schmidt-asm
    Premier match de C1 pour le Bayer Leverkusen et l’AS Monaco, qui s’affronteront à Louis II

    Et c’est fini!

    Cet article sur le méconnu Roger Schmidt vient conclure la trilogie consacrée au pressing dans le football. J’espère que ces articles vous auront plu, et qu’ils auront permis d’éclaircir cette notion de « pressing » utilisée à tort et à travers par les commentateurs des différents médias. Si c’est le cas, n’hésitez pas à le partager!

    Merci pour votre attention, et à la prochaine!

2 thoughts on “Le pressing : Partie 3 avec Roger Schmidt

  • 2 décembre 2014 at 16:20
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    Je tenais à féliciter l’auteur pour cette trilogie d’articles sur le pressing réellement exceptionnelle. Que de pédagogie! Et des montages vidéos bluffants.
    Rarement la différence entre le gegenpressing et le pressing de Bielsa n’aura été démontré de façon si évidente. Quand à Schmidt, je le découvre, en dehors de 2-3 articles flatteurs et flous. Je suis à deux doigts de me mater les matchs du bayer. Et je m’en vais partager cet article à tous mes amis qui répètent beaucoup de bêtises sur le pressing. Encore bravo!

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  • 18 mars 2015 at 13:02
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    Merci pour cette trilogie vraiment interessante.
    J’aurai aimer avoir ton analyse sur le pressing d Ariggo Sacchi, et notament la disposition des lignes en épis. Je l’ai vu vaguement car je ne suis pas un expert et je suis sur avec ton talent et ta pédagogie tu mettrais tout cela en lumiere.
    Sachhi est peut etre un des principal collaborateur du pressing organisé haut et compact, non?

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