Olympique Lyonnais : Renaissance par l’équilibre

Cette nouvelle trêve internationale marque la fin du premier tiers du championnat de Ligue 1. 13 matchs ont été joués et permettent d’imaginer le futur de cette saison 2014/2015 avec plus de netteté.

Si l’on regarde le classement après 13 matchs, on remarque qu’un trio s’est installé en tête du championnat puisque l’OM, le PSG et l’OL sont les 3 équipes qui suivent le fameux rythme des 2 points par match.

classement-L1-OL

Mais ce trio qui semble se détacher aux avant-postes n’est pas installé depuis le début de la saison puisque l’Olympique Lyonnais pointait à une piteuse 17ème place lors de la première trêve internationale, après 4 journées.

La trêve pour panser ses blessures

En effet si l’OL a à ce point raté son mois d’août (avec en supplément une élimination historique face aux roumains de l’Astra Giurgiu), le contingent des blessés n’y était pas étranger. Ainsi l’infirmerie lyonnaise comptera jusqu’à 10 absents au plus fort de la crise, permettant de construire une équipe qui ne ferait pas tâche en L1.

blesses-OL
Une équipe entière à l’infirmerie du côté de l’OL.

C’est donc le temps donné par la trêve internationale qui aura permis à l’OL de ne pas sombrer irrémédiablement en attendant que son infirmerie se vide. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les lyonnais ont su exploiter ce temps qui leur était donné. En effet ils sont, depuis cette trêve, sur un rythme infernal de 2,55 points par match ce qui leur permet de s’installer sur le podium.

Constatant cette forme épatante depuis le retour de l’essentiel de leurs joueurs (Grenier, Fofana, Dabo et Benzia ne sont pas revenus dans le groupe pendant cette période) il serait très facile d’attribuer le renouveau de l’OL à ce seul fait.

Qualité individuelle, confiance ou remise au point tactique?

Mais si le retour de joueurs cadres a évidemment un impact positif sur les performances d’une équipe, je pense qu’il est trop facile d’attribuer tous les maux lyonnais du mois d’Août à ses innombrables absents. Car si le retour des cadres a constitué un indéniable gain sur le plan individuel, l’OL a aussi retravaillé ses bases pour redevenir une équipe pouvant gagner.
Et le meilleur moyen de constater ceci est de comparer la performance de l’OL face à Lens (match à domicile) aux matchs à domicile face à Guingamp, Montpellier, Lorient ou Lille.

Le match face à Lens est à ce jour le seul match à domicile n’ayant pas été remporté par l’Olympique Lyonnais, puisque les lensois étaient repartis victorieux sur un but de Nomenjanahary. Et pourtant si l’on regarde les chiffres du match, ils montrent tous une domination assez franche des rhodaniens :

  • 16 tirs à 8
  • 62,3% de possession pour l’OL
  • 5 corners à 1

Alors cette défaite était-elle seulement issue d’un manque de réussite ou était-elle le témoin d’un mal plus profond?

L’édifice lyonnais défaillant dès la base

Depuis plusieurs années, l’OL base son jeu sur une possession de balle assez élevée et des phases de construction initiées depuis son propre camp pour construire les offensives. Mais face au RC Lens, ce premier travail jurait par son manque d’équilibre et de cohérence collective.


 

Sur cet exemple on peut voir que Tolisso lance la phase de construction alors que :

  • il n’est pas pressé (c’est très important, c’est donc par choix qu’il fait la passe à ce moment-là. Il aurait pu attendre s’il jugeait la situation peu idéale)
  • sa défense centrale n’est pas du tout en place (Koné et Rose sont bizarrement côte-à-côte)
  • Jallet n’occupe pas son flanc droit (il aurait d’ailleurs dû être à la place de Tolisso pour cette relance)
  • ni Dabo ni Mvuemba ne ferment l’aile opposée

Cette phase permet d’introduire l’idée de possession sécurisée, qui décrit le fait d’avoir le ballon sans un risque important de le perdre. Lorsque l’on cherche à construire en repartant de son camp et au sol, il est nécessaire de sécuriser la possession de balle (car généralement elle n’est pas sécurisée au moment de la récupération). C’est pourquoi une offensive se construit généralement en 3 temps :

  • la sécurisation
  • le décalage
  • la conclusion

Et dans le 4-4-2 losange utilisé par les hommes d’Hubert Fournier, il y a au moins 4 joueurs dont le positionnement évolue avec le déroulement de ces phases : les 2 latéraux et les 2 milieux excentrés. En effet ces 4 postes sont composés d’un travail défensif, d’une participation à la construction mais aussi d’une omniprésence dans les phases de conclusion : par le biais de centres pour les latéraux et de présence dans la surface pour les milieux excentrés. On pourra voir ensuite que la participation offensive de ces 4 joueurs doit être travaillée en amont pour que l’équipe conserve son équilibre et son potentiel offensif.

Sur l’image précédente on peut voir que Dabo / Mvuemba et Jallet ne participent pas à la phase de construction, ce qui va compliquer la tâche des lyonnais puisqu’il n’y a que 2 joueurs impliqués pour aider Tolisso (Malbranque et Rose) contre 4 lensois.

Dès le début du match, l’OL n’est pas sûr de son football puisque même la base n’est pas maîtrisée.

Manque de réalisme et déséquilibre, 2 ingrédients pour bâtir une défaite

Malgré ces lacunes collectives, l’OL a su se créer de nombreuses situations de tirs (comme le montrent les chiffres plus haut) et il est assez clair que les lyonnais ont manqué de réalisme sur ce match. Les tirs pris par les lyonnais ne proviennent pas de situations désespérées mais sont dans la surface ou ses alentours. Cependant évoquer ce manque de réalisme n’est pas une fin en soi, car il n’est pas le seul responsable de la défaite. Face à une très faible équipe lensoises, les lyonnais auraient dû repartir avec au minimum le point du match nul. Le résultat aurait été moyen mais il n’aurait été qu’un match parmi tant d’autres où l’équipe qui domine n’arrive pas à concrétiser et doit se contenter du point du match nul.

Mais si l’OL a perdu ce match face au RC Lens, c’est parce que l’équipe était totalement déséquilibrée. Le contexte : 2 défaites consécutives dont une en barrages pour l’Europa League, a vraisemblablement poussé l’équipe lyonnaise à mettre toutes ses forces dans la bataille offensive, pour marquer rapidement un but face à une équipe plus faible se trouvant elle aussi dans une mauvaise période.
Et cette stratégie apparaît très vite dans le match, comme sur cette action à la construction assez classique et qui aboutit à un centre de Christophe Jallet.


 

Comme vous pouvez le voir sur l’image, 8 joueurs lyonnais sont directement impliqués dans l’offensive puisqu’on les retrouve à 20m des buts adverses. Cette omniprésence offensive pourrait se justifier si le RC Lens avait placé tous ses joueurs aux alentours de sa surface, mais ce ne fut pas le cas puisque Koné et Rose se sont retrouvés en 2 contre 2 sur une part immense du terrain.
Or pour conserver l’équilibre de l’équipe on considère qu’il faut avoir une supériorité numérique en défense pour pouvoir prendre chaque attaquant en individuel et conserver un joueur en retrait pour couvrir les éventuels duels perdus de ses coéquipiers. Une règle respectée par tous puisque même le Bayern Munich de Guardiola, pourtant pas avare en démonstrations offensives, la respecte.


 

On peut voir sur cette image une situation assez comparable à celle de l’OL présentée au-dessus, et « seulement » 7 joueurs directement impliqués dans l’offensive. Pas un hasard puisqu’on retrouve le schéma classique à l’arrière avec 2 défenseurs en individuel et un joueur en couverture (on pourrait ajouter Neuer qui joue clairement comme un libéro).

L’OL se sera mis en danger à de multiples reprises au cours de ce match en mettant trop de forces (et de joueurs) dans la bataille offensive. De ce fait, ils ont offert des situations dangereuses aux lensois sans que ceux-ci aient besoin de créer un décalage. Le choix d’équilibre ou de déséquilibre est sujet à de nombreux débats puisque certains considèrent qu’en se déséquilibrant, on déséquilibre l’adversaire et donc on augmente les chances d’avoir des situations dangereuses. Personnellement je pense que face à une équipe plus faible, l’équilibre est la solution la plus intéressante puisque les décalages pourront être créés par la supériorité individuelle ou collective de l’équipe tout en conservant une sécurité défensive.

En se penchant sur l’attitude adoptée par l’OL dans ses matchs récents (qui ont été victorieux), on constate que ce déséquilibre n’existe plus. En prenant pour exemple le match contre Guingamp avec des situations assez similaires (centre du latéral après une phase construite) le changement saute aux yeux.

OL-equi

Et on peut constater sur ces images qu’Hubert Fournier a décidé de n’impliquer que 2 joueurs sur les 4 évoqués précédemment comme ceux devant participer à l’offensive et au travail défensif : Un latéral et Malbranque. En définissant clairement les tâches, il s’assure de conserver un équilibre dans son équipe.

Le témoin Bakary Koné

Il peut sembler curieux de s’intéresser à un défenseur central pour analyser la qualité de la structure collective d’une équipe. Mais si on se penche sur les ballons touchés par Bakary Koné au cours de différents matchs, on constate qu’il est le témoin parfait pour évaluer ce cadre collectif. Prenons par exemple l’ensemble des ballons qu’il a pu toucher face au RC Lens et face au FC Metz. Deux matchs situés dans la mauvaise période lyonnaise pour 2 défaites face à des promus :

Kone-OL
Sur ces 2 matchs il est difficile de savoir si Bakary Koné joue axe droit ou axe gauche dans la défense centrale. Contre Lens on se limite aux ballons touchés avant la sortie de Rose car il changera alors de côté.

À un poste pourtant clairement défini et peu soumis à la liberté de position, on retrouve des ballons touchés sur l’ensemble de la moitié du camp lyonnais. On peut toutefois noter une amélioration entre les 2 matchs puisqu’il est plus restreint dans la largeur face à Metz.

Là tout de suite j’imagine que certains d’entre vous sont un peu perdus, parce qu’on parle assez rarement de l’ensemble des ballons touchés pour un défenseur central, c’est donc difficile de cerner les bons et mauvais points. Mais si vous jetez un coup d’oeil à la même analyse, réalisée cette fois-ci lors des matchs contre Lorient et Nantes (les dernières titularisations de Bakary Koné, tout va s’éclairer!

Kone-OL-2
La différence est très nette, on voit immédiatement quel côté de l’axe central est occupé par le joueur burkinabé.

Et maintenant je suis sûr que vous voyez parfaitement où je voulais en venir. Koné joue en axe droit et il touche des ballons dans la zone où il doit se trouver. Ponctuellement il peut y avoir des ballons « hors zone », mais l’écrasante majorité se trouve à peu près au même endroit. Remontez un petit peu dans la page et regardez à nouveau l’image précédente … la différence est étonnante n’est-ce pas?

Pour l’anecdote, voici les ballons touchés par Bisevac et Umtiti face à Guingamp lors de la dernière victoire lyonnaise :

OL-Umtiti-Bisevac
On peut voir ici que les 2 centraux lyonnais ont un comportement quasi-symétrique avec des tâches bien définies

À nouveau on peut voir que les tâches sont claires, Umtiti et Bisevac défendent dans une zone très claire qui se situe entre leur latéral et le milieu défensif comme a pu le faire Koné face à Lorient ou Nantes (bonne période de l’OL).

Cette analyse des ballons touchés peut sembler assez anecdotique, mais elle dénote à mon sens du manque de structure collective à l’OL pré-trêve internationale. Le déséquilibre offensif n’était donc peut-être pas un choix de Fournier et de ses hommes, mais plutôt un excès de générosité de la part de joueurs qui n’avaient pas un cadre clair pour structurer leurs mouvements.

Performance physique, un point difficile à quantifier

Dernier point, et peut-être pas le moins important, la performance physique. En effet cet été l’OL a agi pour s’améliorer sur l’aspect physique car ils souffraient depuis longtemps de blessures récurrentes empêchant de prétendre à des résultats en adéquation avec la qualité de l’effectif au complet.
Mais le début de la saison a été catastrophique d’un point de vue physique puisque les lyonnais ont enchaîné les blessures (cf plus haut) et ont même semblé pêcher dans les performances physiques pures (endurance, vivacité, …) puisque le capitaine Maxime Gonalons s’est senti obligé de critiquer publiquement la préparation physique à la suite de la défaite face à Lens :

« La préparation n’a certainement pas été en adéquation avec le haut niveau. »

Une remise en question interne a abouti sur un changement dans la préparation et il semblerait que depuis, les performances physiques soient revenus à un niveau satisfaisant puisqu’on constate a minima que les blessures sont beaucoup moins nombreuses.

L’amélioration physique du groupe a forcément eu un impact positif sur les performances, mais il est trop compliqué de quantifier ce gain sachant que les données physiques disponibles publiquement sont inexistantes.

OL : Et finalement?

Pour conclure on peut dire qu’il y a assez peu de chances de revoir l’OL du mois d’août au cours de cette saison. Car plus qu’une affaire d’hommes, son amélioration provient d’un travail effectué sur la base du système lyonnais. Cette équipe présente maintenant un visage séduisant et efficace, sublimé par des individualités en grande forme. Et peut-être que finalement c’est ça, la patte Fournier. Des bases maîtrisées pour pouvoir exprimer, enfin, la totalité de son potentiel.

6 thoughts on “Olympique Lyonnais : Renaissance par l’équilibre

  • 17 novembre 2014 at 13:31
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    Très belle analyse ! Postule chez Beinsport ! 🙂

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  • 18 novembre 2014 at 13:19
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    Analyse très interessante et bien illustrée, félicitations !

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  • 27 novembre 2014 at 14:22
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    Merci pour cet article ! J’ai eu un sursaut cérébral au moment du passage sur le déséquilibre alors je m’arrête un instant pour faire le point.
    Je trouve ce passage très juste notamment quand tu estimes que la supériorité collective fera la différence sans avoir à se déséquilibrer. Ca me semble le plus rationnel effectivement (même si je suis partisan de l’auto-déséquilibre dans le cas où l’équipe est menée et doit à tout prix revenir au score), d’autant plus quand tu évoques les « forces » mises par l’OL dans la bataille offensive. Non seulement l’équipe attaque de manière un peu anarchique et s’épuise par manque de cohérence, mais en plus, elle se fatigue à devoir batailler face aux contres adversaires et subissant des occases et/ou en mettant du temps à récupérer le ballon.
    c’est pourquoi dans la gestion d’un match, cet équilibre me semble primordial pour permettre aux joueurs de savoir où ils vont et qu’ils gardent un maximum de clairvoyance dans les phases offensives (geste juste pour créer le décalage ou conclure face au gardien).
    Je me demande d’ailleurs si sur ce match, le manque de réalisme n’est pas, plus qu’une fatalité inexplicable, en lien direct avec cette débauche d’énergie et ce marasme collectif qui ne permet pas d’être « dans les meilleurs dispositions ».

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    • 30 novembre 2014 at 18:11
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      À mon sens tu es dans le vrai quand tu évoques le manque de réalisme associé au déséquilibre (puisque + d’efforts). J’en étais d’ailleurs venu à cette même conclusion en analysant les matchs récents de l’OM (face à l’OL et au PSG notamment) où le manque de réalisme ou de chance était bien souvent érigé en raison n°1 des défaites.

      Mais si une tactique nécessite beaucoup d’efforts pour se créer des occasions, il est logique de constater que ces occasions sont gérées avec moins d’efficacité que lorsqu’elles sont obtenues via des efforts moins soutenus.

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  • 5 mars 2015 at 19:05
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    Salut, Je voulais te féliciter pour ton article sur le jeu de Pep Guardiola mais les commentaires sont malheureusement fermés. En tout c’est l’une des meilleures analyses que j’ai pu voir jusqu’à présent sur le Bayern. En plus les vidéos et les illustrations sont très bien faites donc continue comme ca!

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    • 6 mars 2015 at 10:21
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      Merci beaucoup! Et bien vu, j’avais oublié de déverrouiller les commentaires! Erreur corrigée!

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