Comment Klopp a mis Manchester City dans le Red

Un gros mois s’est écoulé depuis le 1er match de Jurgen Klopp à la tête de Liverpool, et la performance de son équipe face à Manchester City fera certainement office de match référence pour la suite de la saison.

En effet les Reds ont largement dominé l’équipe de Manuel Pellegrini et sont imposés 4-1 à l’Etihad Stadium. Une victoire assurée en 1ère MT grâce à une performance de haute volée, que l’on peut légitimement accorder au Normal one.

Une maîtrise incontestable

L’arrivée de Klopp en Angleterre a excité les suiveurs de la Premier League, pour la plupart impatients de revoir le pressing qu’il avait mis en place à Dortmund.
Liverpool s’est présenté à l’Etihad Stadium avec un bloc haut en 4-3-3 :

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Comment gérer l’espace derrière la 1ère ligne dans ce système?

La 1ère ligne de Liverpool n’allait pas gêner le central porteur du ballon, celui-ci pouvait donc aisément ajuster une passe dans l’espace hachurée au-dessus. Une construction prévue par Jurgen Klopp qui avait demandé à ses deux milieux relayeurs de sortir avec beaucoup d’agressivité sur le receveur pour l’empêcher de se retourner.
Cependant repousser l’adversaire sur les ailes c’est bien, mais s’en contenter ça ne ressemble pas à Jurgen Klopp. On veut des courses, de l’intensité et de la cohérence! Et on a été servis.
Tandis que Firmino restait plutôt fixe dans l’axe, Coutinho et Lallana avaient pour consigne de jaillir sur les centraux dans 2 cas précis :

  • Lors d’une passe latérale entre les centraux
  • Lors d’une passe en retrait difficile à maîtriser vers un central (rebond ou passe mal dosée)

Ces 2 déclencheurs ont permis à Liverpool de ne pas seulement repousser City sur les ailes mais de les presser avec intensité assez régulièrement.

 
Si la patte de Klopp est déjà visible dans ce travail, c’est encore plus net lorsque le ballon était récupéré par Liverpool. En effet ses principes qui ont régalé l’Europe avec Dortmund ont été conservés : un jaillissement très rapide vers le but adverse.
Et parce que Klopp n’est pas n’importe quel entraîneur, le jaillissement n’était pas fait n’importe comment. En effet on retrouvait une course croisée sur chaque offensive : le porteur du ballon progressait verticalement et un offensif (généralement Firmino) réalisait une course croisée dans le dos de la défense. Cette tactique était si systématique qu’elle aurait pu être caricaturale, si elle n’avait pas été diablement efficace.

 

City se contente des miettes

Confrontés à un bloc très cohérent et prêt à profiter de la moindre erreur, les hommes de Manuel Pellegrini ont rapidement bégayé leur football. À tel point que Joe Hart n’osait plus relancer court alors que ses coéquipiers étaient libres et demandaient le ballon. Des situations assez cocasses traduisant bien la main-mise de Liverpool sur le match.

 
Malgré ces bafouillages City avait une forte possession du ballon et multipliait les tentatives de percées sur les ailes. C’est sur le flanc droit qu’ils sont parvenus à créer des décalages, profitant des difficultés de Moreno à bloquer Jesus Navas (car trop loin de celui-ci). De Bruyne s’engouffrait alors intelligemment dans le dos du latéral pour s’offrir une position de centre.

 
Mais en mobilisant 2 joueurs offensifs sur les 4 disponibles pour créer le décalage, City ne pouvait avoir que Sterling et Aguero dans la surface pour réceptionner les centres de De Bruyne. Deux petits gabarits pas forcément à leur aise sur ce genre d’action.

En analysant les zones par lesquelles City entre habituellement dans la surface (grâce à l’excellent travail d’Analytics FC), on voit bien que Liverpool a forcé City à jouer depuis des zones qui ne leur conviennent pas.

Les zones par lesquelles City entre dans la surface. Grosse préférence pour l'axe
Les zones par lesquelles City entre dans la surface. Grosse préférence pour l’axe et les half-space

Domination et rapport de force

En reprenant la réflexion développée dans l’article de Nice-Lyon sur l’évaluation du rapport de force d’un match, on constate que Liverpool a complètement maîtrisé cette première période.
Défensivement ils ont forcé City à jouer contre-nature depuis les ailes, tandis qu’offensivement ils ont été régulièrement dangereux sur des transitions offensives rapides. Le score à la mi-temps traduit cette domination et vient récompenser l’excellente prestation des Reds.

Si par l’avenir on peut espérer voir Liverpool être plus entreprenant sur attaque placée, leur performance à l’Etihad Stadium a été remarquable. Elle vient confirmer (si jamais le doute était encore permis) que Klopp est un très bon entraîneur et que son arrivée devrait transformer les Reds de Liverpool.

De la créativité en bonus

Cette dernière remarque ne méritait pas forcément d’être citée dans l’article, mais la créativité offensive est un point qui me tient à coeur. Et les joueurs de Liverpool ont fait preuve d’une grande créativité lorsqu’ils se sont retrouvés aux abords de la surface, à tel point que l’on peut raisonnablement penser que c’était une volonté de leur coach. Pas forcément toujours tape-à-l’oeil, mais sur chacune de ces actions on voit que les joueurs n’hésitent pas à faire des choix risqués et inattendus.

5 thoughts on “Comment Klopp a mis Manchester City dans le Red

  • 24 novembre 2015 at 02:14
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    Bonjour ,

    Juste un commentaire pour dire que j’adore ton site des analyses vraiment super intéréssantes et vraiment pas ennuyantes comme certaines analyses tactiques bien trop longues.
    Je lis ça avec plaisir, on aimerait en avoir meme encore plus!!

    Merci beaucoup pour ce partage très utile pour les coachs

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    • 24 novembre 2015 at 08:50
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      Merci beaucoup Jordan!

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  • 24 novembre 2015 at 17:28
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    Bien dans l’ensemble pour le côté pressing et utilisation du ballon avec créativité de Liverpool.
    Cependant pas d’accord sur le fait que City ne joue pas sur côtés, Ils ont énormément investis ces dernières années avec J.Navas, Sterling et KDB et base leur jeu sur le redoublement de passes sur les ailes avec Silva dans l’axe en maître d’oeuvre.

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    • 24 novembre 2015 at 21:37
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      L’image est pourtant très claire, City privilégie largement le jeu dans les 3 couloirs axiaux (sur la largeur de la surface) pour pénétrer la surface adverse.

      De plus De Bruyne n’est pas un joueur de couloir, et Sterling se met bien plus en valeur dans le coeur du jeu que proche de la ligne de touche. Son jeu n’est pas de déborder pour centrer, on le voit d’ailleurs très bien en regardant ses Key passes depuis le début de la saison :

      Navas est effectivement un joueur de couloir, mais il doit se sentir bien seul à City. Et d’ailleurs Navas fait rarement des centres de loin dans la boîte, c’est quasi uniquement des centres en retrait (donc pas comparable aux centres de KDB face à Liverpool)

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  • 26 novembre 2015 at 00:44
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    Excellente analyse, les entraineurs qui obligent l’équipe adverse normalement supérieure à jouer contre nature ne sont pas légion. Et ce qui fascine dans ce cas-là, c est la discipline tactique que Klopp a su imposer à des joueurs qui à la base avaient une certaine liberté sous Rodgers (Coutinho, surement Sturridge quand il reviendra). Et le positionnement (il était temps) de Can au milieu fait la différence, Klopp a toujours eu besoin d’un régulateur (Gundogan à Dortmund).

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