Italie : Comment Conte a transformé la Squadra Azzurra?

Vous avez tous entendu des spécialistes du football, qu’ils soient sélectionneurs ou journalistes, expliquer qu’il est très difficile de faire naître un collectif en sélection. Bien souvent cette remarque est suivie d’un constat du type : « l’Espagne se repose sur Barcelone, l’Italie se repose sur les 3 défenseurs de la Juve, l’Allemagne se repose sur le Bayern, c’est pour cela qu’ils arrivent à avoir des principes de jeu et une cohérence collective ». Je ne vais le dire une fois en début d’article, pour ne pas avoir à le répéter toutes les 5 lignes par la suite : ce sont des mensonges. Et si je le dis dans cet article, c’est parce qu’on l’a entendu tout au long de l’Euro, et l’Italie va permettre de balayer d’un revers de main ce poncif.

Emmenée par Antonio Conte, la sélection italienne a atteint le stade des quarts de finale en se construisant autour d’une défense à 3 piquée à la Juventus :

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La capacité de la Squadra Azzurra à défendre et à s’opposer à l’adversaire lorsque celui-ci avait le ballon a souvent été symbolisée par le quatuor Buffon, Chiellini, Bonucci et Barzagli (par la suite on va dire « BCBB », c’est plus pratique). Mais on va le voir, l’Italie sans ballon ce n’était pas juste une base de 4 turinois.

Le bien et le mal s’invitent dans le foot

Le nouveau paradigme de la possession, qui domine depuis une certaine saison 08/09, est régulièrement opposé à la volonté de bien défendre, avec un bloc structuré. C’est le combat du beau contre le laid, du gentil contre le méchant, du positif face au négatif, dont la personnification suprême était le duel Mourinho / Guardiola en Espagne.
Le manichéisme de cette pensée est terrible mais il touche même les « élites » de ce sport, qui en viennent à dénigrer le travail réalisé sans ballon.

J’ai vu l’Italie qui court partout et défend très bas hier. Conte a choisi des coureurs à pied. C’est son choix – Marc Wilmots

Est-ce que l’Italie n’est vraiment qu’une équipe de coureurs à pied qui défend bas?

L’Italie entre athlétisme et catenaccio ?

Par la suite vous allez souvent voir les mots « corridors » ou « half-spaces » revenir. Si vous n’êtes pas familiers avec ces concepts, ne sautez pas l’image suivante :

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Donc quand je parlerai de corridor, cela sera pour évoquer une zone parmi les 5 présentées ci-dessus. Je pourrais utiliser le mot « couloir », mais on risquerait de confondre avec le corridor qui se situe le long de la ligne de touche. Donc on va dire corridor!

Courir ou réfléchir, il faut choisir

Cette déclaration de Wilmots est d’autant plus étonnante qu’il est très facile de comprendre ce que veut faire l’Italie sans ballon. Dans son 5-3-2 présenté plus haut, les italiens cherchent à empêcher l’adversaire de jouer dans leur camp et font le maximum pour le limiter à une possession stérile autour du bloc.

La Squadra Azzurra utilise un bloc avec une forte orientation « ballon », qui coulisse donc toujours avec celui-ci pour pouvoir être compact et fermer d’éventuels intervalles vers les joueurs offensifs. Seule exception dans cette orientation ballon, les attaquants prennent avant tout leur position comme référence, c’est à dire qu’ils restent axiaux et n’accompagnent que peu le mouvement du ballon. Cette référence « ballon » est la référence principale de la Squadra Azzurra, ce qui permet de créer une équipe très compacte face au cuir.

Structurellement le schéma de l’Italie permet de s’opposer facilement à une possession axiale puisque les 2 attaquants et les 3 milieux forment un quintette qui empêche toute ambition de passe verticale. Pas besoin de faire de folie dans cette situation, tout le monde se met à son poste et l’objectif est rempli.

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Cependant les choses se compliquent lorsque le ballon part dans les half-spaces, car le 5-3-2 italien ne positionne pas naturellement de joueur dans cette zone. Conte a donc dû mettre en place des mécanismes pour faire en sorte que son équipe sache répondre à cette situation (adversaire avec le ballon dans le half-space). Le choix d’Antonio Conte a été de faire sortir le milieu relayeur côté ballon pour cadrer le porteur. Le reste de l’équipe coulisse derrière lui, les attaquants restent eux quasiment dans la même position (quelques pas de côté tout au plus). Par la suite je vais appeler ce mouvement l’animation « Italie »

La même problématique est rencontrée lorsque le ballon est sur l’aile, puisque contrairement à un 4-4-2 (par exemple), le 5-3-2 n’offre pas de solution structurelle pour cadrer rapidement le porteur. Dans cette situation, les italiens ont utilisé deux animations différentes. Soit la même que celle décrite juste au-dessus (le relayeur va cadrer), soit l’animation utilisée par la Juventus Turin qui demande à son latéral d’aller cadrer (que je vais subtilement nommer animation « Juve »).

Le choix d’utilisation de l’une ou l’autre des animations ne semble pas répondre à un déclencheur précis mais plutôt à l’appréciation des 2 joueurs concernés (latéral et relayeur). Il semblerait que l’animation « Italie » soit le 1er choix mais que le latéral ait la main pour utiliser plutôt l’animation « Juve ». Il doit alors communiquer avec le central le plus proche pour lui dire de coulisser, tout en faisant comprendre à son relayeur qu’il n’a pas besoin de sortir.

Les attaquants, malgré leur peu de mouvement, ont un rôle important pour empêcher l’adversaire de jouer vers l’intérieur du jeu.
Derrière les 2 premières lignes, la ligne défensive coulisse et se positionne, côté ballon, avec agressivité. En effet le central côté fort a un rôle spécifique puisqu’il est largement orienté joueur, ce qui signifie qu’il suit son vis-à-vis de manière très agressive; Il en est de même pour le latéral. Enfin, Bonucci (le défenseur le plus au centre) doit se charger de couvrir l’espace qui va être laissé vide par le central au marquage.

Cette animation doit permettre d’empêcher toute progression de l’adversaire :

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Sur le papier c’est parfait, on voit bien que toutes les solutions sont bien verrouillées et que la progression est impossible. Dans la réalité la couverture réalisée par les attaquants a manqué de continuité et les adversaires ont réussi à plusieurs reprises à jouer dans leur dos (notamment la Belgique).

La mise en place de ces 3 structures est la fondation de l’Italie lorsqu’elle n’a pas le ballon. Vous l’aurez peut-être noté, il n’y a qu’une infime partie où l’on trouve trace d’une interaction entre 2 joueurs de la Juventus. Et pourtant il y a 2 animations qui nécessitent des déplacements qui ne sont pas « naturels » et qui sont donc très exigeants d’un point de vue coordination et communication.

On voit sur cet exemple que la sélection est capable d’alterner entre les 2 animations, de manière très fluide. Le fait d’avoir ces 2 solutions dans leur manche permet aux italiens de mieux négocier les changements de jeu.

Conte a réussi à mettre en place cette structure collective, bien que les 7 joueurs hors BCBB jouent dans 6 clubs différents. Vous vous souvenez de ce que l’on disait en introduction? 🙂
Avoir ces structures bien définies et qui sont bien réalisées par les joueurs, ça permet de s’opposer plutôt efficacement à la progression de l’adversaire. Mais comme je le dis toujours, s’opposer sans avoir de mécanismes pour récupérer le ballon, c’est limité.

Récupérer le ballon

On l’a vu précédemment, le schéma de l’Italie est naturellement très efficace lorsque le ballon est axial. Les adversaires sont donc forcés à essayer de construire depuis les autres corridors du terrain. C’est lorsque le cuir quitte l’axe vers le half-space que le bloc italien se met en place, pour coulisser selon l’animation décrite précédemment.
Cette animation vise à empêcher la progression adverse, mais elle contient aussi des éléments pour tenter de récupérer le ballon. L’élément clef est la position du corps du relayeur, qui doit montrer la ligne de touche au porteur du ballon. En l’empêchant de revenir vers l’intérieur (l’axe), il le force à jouer soit vers l’aile, soit verticalement dans le half-space.

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Lorsque l’Italie repousse l’adversaire sur l’aile, elle mise sur le principe de supériorité de position.
Dans le football, on trouve 3 types de supériorité : supériorité numérique, de position et qualitative. J’avais déjà brièvement évoqué ce point dans mon article sur l’Equipe de France pour montrer que l’équipe de Deschamps mise surtout sur la supériorité qualitative.
Ici donc on parle de supériorité de position, qui est créée par la ligne de touche. Le porteur de balle le long de la ligne de touche n’a plus qu’une moitié de terrain disponible, ce qui le rend d’autant plus prévisible et d’autant plus facile à enfermer.

De plus les latéraux italiens suivent de près leur adversaire et ne lui laissent pas le temps de se retourner pour prendre de la vitesse, condition nécessaire pour que le piège puisse se refermer.
Cependant ce piège manque de régularité dans l’exécution, car bien souvent les relayeurs ne referment pas assez vite et pas comme il faut : l’adversaire a la possibilité de revenir en arrière en revenant sur ses pas le long de la ligne de touche.

Je l’ai dit un peu plus tôt, l’adversaire n’est pas obligé de jouer vers l’aile : il peut aussi faire une passe verticale vers son joueur offensif situé dans le half-space. On ne peut plus parler de supériorité de position dans cette situation, car le half-space est une zone très intéressante stratégiquement et il devient beaucoup plus difficile d’enfermer le porteur. Mais l’Italie ne se met pas en danger pour autant en invitant des passes vers le half-space. Elle mise alors sur la supériorité qualitative de ses joueurs : Barzagli et Chiellini.

Chiellini est particulièrement impressionnant dans sa capacité à jaillir devant son vis-à-vis, ou a minima à l’empêcher de se retourner pour permettre à ses coéquipiers de refermer l’étau.

Ainsi l’animation italienne cherche à profiter de différentes supériorités pour récupérer le ballon lorsque ses relayeurs vont cadrer le porteur. Cependant ce piège peut facilement être évité par l’adversaire qui n’est que rarement gêné lorsqu’il décide de revenir sur ses pas pour rejouer vers ses défenseurs centraux. Ce constat n’est pas vraiment satisfaisant pour les italiens, car même s’ils empêchent la progression, ils ont dû déployer pas mal d’énergie pour mettre en place la structure adéquate. La Squadra Azzurra ne peut pas se permettre de laisser l’adversaire faire circuler le ballon de droite à gauche, car elle doit faire des efforts pour l’empêcher de progresser. C’est pour cela qu’un mécanisme vient s’ajouter à l’animation décrite jusqu’à présent : le pressing sur les passes en retrait.

Jusqu’à présent dans l’analyse on avait des attaquants très passifs, campant le rond central en faisant en sorte d’empêcher le jeu à l’intérieur tout en déployant le moins d’énergie possible. Mais lorsqu’une passe en retrait est amorcée, l’attaquant côté ballon doit sortir très rapidement sur le futur receveur pour l’empêcher de redémarrer un cycle d’attaque. Et cette course est poursuivie lorsque le central renvoie vers son gardien pour se donner de l’air, ce qui est le cas le plus courant.

La course de l’attaquant qui met la pression doit se faire sur la ligne de passe menant au central ayant fait la passe (utilisation d’une cover-shadow) tandis que l’autre attaquant vient bloquer le 2ème central pour empêcher le gardien de relancer court. Le gardien se retrouve sans solution courte et sans temps pour maîtriser le ballon et chercher une solution, il est donc forcé d’allonger.
Forcer le jeu long n’est pas l’assurance de récupérer le ballon, mais cela reste un résultat satisfaisant pour conclure une situation de défense placée. Et c’est d’autant plus vrai quand l’équipe a trois excellents joueurs de tête dans l’arrière garde.

Cependant la mise en place collective de Conte ne s’arrête pas au moment où le gardien a allongé. Et c’est logique, car une équipe qui a l’ambition de maîtriser collectivement toutes les phases de jeu déteste ces situations chaotiques, il faut donc qu’elle ait des mécanismes pour réduire au minimum l’incertitude de ces duels aériens.
Le mécanisme n’a rien d’extraordinaire, il consiste simplement à faire en sorte que les seconds ballons soient pour les italiens. Et plus particulièrement les 2nd ballons dans le dos du joueur au duel, car il ne faut pas qu’un adversaire puisse être trouvé en profondeur sur une déviation.

Vous le voyez, c’est basique. La ligne de 3 qui accompagne le ballon et qui assure de la présence devant le duel, mais surtout les 2 joueurs les plus proches qui reculent pour protéger le dos. Cela permet de maximiser les chances de gagner le 2nd ballon, et au pire d’être toujours en opposition entre le ballon et le but si l’adversaire le récupère.
On voit à la fin de la vidéo que ce mécanisme n’est pas anecdotique et qu’il n’est pas utilisé par toutes les équipes. Evidemment les joueurs français (et ceux des autres nations) ont tendance à faire ce mouvement, mais aucune ne le fait avec la régularité italienne. L’exemple de la France est criant, premier duel aérien du match et déjà la fermeture n’est pas bien assurée dans le dos du joueur au duel. C’est la régularité qui est le meilleur témoin d’un travail de qualité, car tous les joueurs peuvent faire de temps en temps les bons choix : même une horloge cassée est à l’heure deux fois par jour.

On le comprend bien, cette équipe d’Italie maîtrise ses phases défensives et cherche à réduire au strict minimum les phases d’incertitude. Cependant leur animation est loin d’être sans faille, et certains points auraient pu être exploités par leurs adversaires.

Limites du système

Un point déjà mentionné dans mon décryptage de l’opposition entre Espagne et Italie concerne l’occupation de half-space côté faible. En effet avec une ligne de 3 au milieu qui coulisse pour être compacte face au ballon, l’équipe manque cruellement de présence dans le half-space opposé. Normalement les attaquants permettent de se protéger face à un changement de jeu direct d’un half-space à l’autre (ils bloquent les passes vers l’intérieur), mais dans les faits leur repli a été inconstant et ce défaut aurait pu être exploité par les adversaires.

Ce problème était d’ailleurs certainement identifié par Conte, qui demandait souvent à Eder de redescendre dans le half-space opposé à partir de la 60ème minute. Une demande certainement liée au 2nd problème de l’animation italienne.

Là aussi j’en avais déjà parlé lors de mes articles précédents sur l’Italie (notamment celui pour la rencontre face à la Belgique), je ne suis pas convaincu de sa tenue dans le temps. La répartition des efforts me semble bien trop hétérogène, avec une très grosse demande sur les milieux et des demandes nettement plus faibles sur les postes autour
Les données de kilomètres parcourus ne sont pas malheureusement pas disponibles publiquement, mais quelques médias diffusent ce type d’information. On sait par exemple que Parolo détenait le record de distance parcourue en un match à l’issue des matchs de poule avec 12,57km … Giaccherini se trouvait alors à la 3ème place avec 12,34km, les 2 performances ayant eu lieu face à la Belgique. Lors de cette rencontre, le reste des joueurs de champ de l’Italie a parcouru en moyenne 11,1km ce qui permet de mesurer le différentiel entre les demandes sur les relayeurs et celles sur leurs coéquipiers.
D’ailleurs Giaccherini a récupéré la première place de ce classement des coureurs, en couvrant 12,97km face à l’Espagne.

Ce différentiel dans l’effort physique se ressent sur le terrain. Ainsi les relayeurs commencent à tirer la langue vers la 35ème minute, et flanchent vraiment à partir de la 60ème minute sur chaque match de l’Italie. Ils ont alors plus de mal à venir rapidement cadrer le porteur, qui peut progresser balle au pied ou trouver une passe vers l’avant. Le bloc italien se retrouve alors contraint de reculer et est forcé de défendre trop proche de sa surface de réparation. L’ensemble du bloc demeure cohérent et les italiens arrivent toujours bien à empêcher l’adversaire de trouver des joueurs libres, mais en étant plus proches de leur surface ils permettent à l’adversaire de conclure ses phases de possession, que ça soit par une frappe ou par un centre. Même si ces conclusions sont rarement des situations nettes, la multiplication des situations met en péril la Squadra Azzurra.

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La différence saute aux yeux, l’Italie n’a quasiment rien concédé depuis le début de l’Euro dans les 30 premières minutes de la rencontre. On ne peut pas en dire autant des 60 minutes qui suivent.

Ce problème de répartition des demandes physiques vient du système adopté par l’Italie. Le 5-3-2 n’offre pas, structurellement, une couverture adéquate du terrain, il faut donc trouver des mécanismes pour parer à ce problème. A mon avis l’animation « Juve » est plus cohérente physiquement, mais elle nécessite une meilleure coordination et beaucoup de communication. Des points qui sont plus faciles à travailler pendant une saison en club qu’en sélection, ce qui explique peut-être le choix d’Antonio Conte.
Cette notion de couverture du terrain structurelle est la raison pour laquelle de très nombreux entraîneurs expliquent que le 4-4-2 est le système qui offre la couverture la plus cohérente de l’espace.

Le 4-4-2 est le système qui correspond le mieux aux dimensions du terrain de foot – Arsène Wenger

L’Italie aurait pu adopter un 4-4-2 pour avoir cette couverture spatiale, mais elle aurait alors dû sacrifier un central et peut-être De Rossi. Or les mécanismes de récupération italiens reposent en bonne partie sur la supériorité qualitative de Barzagli, Chiellini et De Rossi.
Conte a peut-être choisi de « sacrifier » ses milieux relayeurs pour permettre un excellent contrôle derrière sa ligne milieu grâce à une supériorité qualitative, mais ce n’est pas la seule raison de son choix. Car si le choix d’une défense à 3 a de grandes conséquences sur l’animation défensive, il en va de même lorsque l’Italie a le ballon.

L’Italie avec le ballon

L’analyse du jeu italien avec ballon pourrait sembler assez anecdotique au premier abord puisque cette équipe a été associée, pendant tout l’Euro, à ses performances défensives. Et pourtant c’est sur ce qu’elle a su faire avec le ballon qu’elle m’a le plus séduit.
Privées de ses 2 maîtres à jouer que sont Verratti et Marchisio, la Nazionale est arrivée à l’Euro avec une équipe qui semblait composée de seconds couteaux (en dehors de sa ligne défensive), la plupart étaient même inconnus en France. On avait alors du mal à imaginer que la sélection de Conte puisse proposer quoi que ce soit de convaincant avec le ballon, et cette idée s’était maintenue jusqu’au match face à l’Espagne. Mais lors de cette rencontre, et alors qu’on s’attendait à voir une domination territoriale de la Roja, on a vu que la sélection italienne était capable de tenir le ballon face à une grande nation, et qu’elle était capable de créer régulièrement des décalages en construisant depuis Buffon.
Ce tour de force doit être attribué à Conte, qui a réussi à mettre en place un plan de jeu et les mécanismes pour le réaliser.
Ce plan de jeu est somme tout très sommaire : pouvoir atteindre les 2 attaquants dans le cœur du jeu, avec de l’espace pour recevoir et des possibilités pour progresser.
Oui, je viens de lâcher l’idée principale après quelques lignes et là vous vous demandez si c’est bien utile de lire la suite puisque vous savez comment ça va se terminer. Mais le plus intéressant dans ce jeu de l’Italie ce n’est pas l’aboutissement mais le chemin pour y arriver.

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Dans la suite de l’article je vais déconstruire ce qui fait le jeu de l’Italie pour analyser morceau par morceau. Le plus souvent il y aura une courte vidéo, montrant seulement la réalité de ce morceau sur le terrain. Je préfère le dire tout de suite parce que vous pourriez trouver ça frustrant ou être effrayés par le nombre de vidéos : la plupart seront très courtes et basiques.
La vraie vidéo montrant des actions complètes viendra à la fin, et dans celle-ci on pourra voir comment les différents morceaux s’imbriquent. Et je pense que ça sera beaucoup plus clair si vous avez vu toutes les petites vidéos auparavant.

Le modèle : depuis Buffon

L’Italie avait montré face à l’Espagne et l’Allemagne une véritable volonté de repartir court, même face à une grosse pression de son adversaire qui n’hésitait pas à envoyer 3 ou 4 joueurs au pressing. Il était particulièrement intéressant de voir les 6m joués par Buffon. Sur ces phases on pouvait distinguer 3 possibilités, dépendant de la structure de l’adversaire.

Le plus souvent la relance se faisait sur la 1ère structure de relance, à savoir les 3 centraux accompagnés du pivot (De Rossi en titulaire), et ceci même si l’adversaire venait presser avec 3 joueurs. C’est à noter car en général 3 joueurs suffisent à forcer le jeu long, rares sont les équipes qui choisissent la solution courte sous cette pression.

Constatant la capacité italienne à repartir au sol avec le 4c3, les adversaires pouvaient faire monter un 4ème joueur, pour bloquer bien plus efficacement toutes les solutions courtes. Face à ce choix, l’Italie adoptait son 2ème schéma de relance, en utilisant un milieu relayeur (le plus souvent Giaccherini) collé à la ligne de touche et situé entre les lignes adverses.

Ayant la volonté de forcer le jeu long, les adversaires ont pu répondre à ce schéma en faisant sortir un milieu du centre du terrain pour le rapprocher du relayeur excentré. Plus de solution courte pour l’Italie, la sélection de Conte était alors obligée d’allonger. Vous vous dites que cette réponse de l’adversaire les avait mis en défaut car ils ne pouvaient plus relancer court ? Rappelez-vous l’objectif initial : trouver les attaquants avec de l’espace au centre du terrain.
Pour empêcher de relancer court, l’adversaire a dû faire sortir ses milieux (vers les attaquants et vers les côtés) et a dégarni l’axe. Les italiens étaient très heureux d’allonger dans ces situations.

On peut donc se demander quel était le meilleur choix pour l’adversaire ? Est-ce que presser haut ne faisait pas le jeu de l’Italie ?
C’est une question qui mérite d’être posée, et dont la réponse est loin d’être évidente. Car la capacité de l’équipe italienne à créer les situations qu’elle souhaitait sur des attaques placées n’incite pas à leur laisser le ballon.

Créer des espaces

Cette analyse depuis la phase de relance de Buffon permet de comprendre le jeu de l’Italie car elle permet d’introduire un objectif prégnant dans le jeu italien : créer des espaces au centre du terrain. Il est atteint lorsque l’adversaire prend beaucoup de risques en bloquant la relance courte, mais c’est évidemment un cas extrême qui est loin de représenter la situation la plus fréquente rencontrée par l’équipe de Conte.

Lorsqu’on parle d’espace sur un terrain de foot, on parle en réalité d’une surface en 2 dimensions. La notion de hauteur n’intervient pas dans les discussions sur les espaces créés ou libérés.
Cette surface peut se représenter par une largeur et une profondeur.

Lorsque l’Italie veut créer de l’espace pour ses attaquants, ils doivent donc libérer une surface la plus large et la plus profonde possible devant la charnière adverse. Ces mécanismes sont réalisés en construisant depuis la ligne défensive.

Largeur

Occuper toute la largeur pour créer des espaces, c’est un basique du foot. A la FFF la notion « d’agrandir le terrain de jeu » est déjà présente en U11.
Conte n’a pas inventé la lune en utilisant la largeur pour créer des espaces, mais leurs mécanismes sont très intéressants.

L’axe central qui doit être libéré est structurellement occupé par les milieux centraux de l’adversaire, il faut donc éloigner ces milieux de leurs défenseurs. Le rôle des relayeurs que sont Giaccherini et Parolo est clef pour atteindre cet objectif. On l’a vu plus tôt lors des relances depuis Buffon, ces joueurs n’hésitent pas à aller coller la ligne de touche. Cette position inhabituelle peut leur permettre de recevoir le ballon sans réelle pression, mais elle a en réalité pour but de forcer les milieux adverses à venir très au large. Le relayeur sur la ligne de touche représente le cas extrême (qui est quand même très souvent réalisé), mais lors de toutes les phases de construction on peut voir les relayeurs qui se déplacent vers la ligne de touche.

Or dans l’immense majorité des cas, les équipes défendent avec 2 joueurs pour contrôler la largeur de chaque côté (le latéral et l’ailier). L’Italie n’attaquant qu’avec un seul joueur (son latéral) dans le couloir, cela signifie que lorsque son relayeur va s’excentrer, le milieu central adverse n’a pas besoin de le suivre puisque ses coéquipiers sont en 2c2.
La sélection de Conte introduit donc un troisième niveau de largeur dans sa structure, grâce à la sa 1ère ligne des 3 centraux qui se déploient sur quasiment toute la largeur du terrain. En introduisant de la largeur sur 3 lignes différentes, l’Italie oblige l’adversaire à casser sa structure s’il souhaite bloquer ces 3 solutions (car il n’avait initialement une couverture du couloir que sur 2 lignes).

L’utilisation de ces 3 niveaux de largeur est la 1ère étape pour sortir de position les milieux adverses et créer l’espace souhaité dans l’axe du terrain.

Profondeur

Cette étape est plus basique et il n’est pas étonnant de voir l’Italie l’utiliser puisque la Juventus s’en sert elle aussi et qu’elle implique les 3 centraux bianconeri.
La Squadra Azzurra utilise ses 3 défenseurs centraux pour créer de l’espace entre les lignes de son adversaire. Ainsi ils n’hésitent pas à revenir vers Buffon, ou à réaliser des passes qui semblent trop en retrait (quelques mètres dans le dos de Barzagli par exemple). Ces passes incitent généralement l’adversaire à venir au pressing, ce qui crée de la profondeur dans le bloc adverse puisque la 1ère ligne est aspirée.
Les relayeurs italiens peuvent alors s’excentrer tout en décrochant (leur mouvement est diagonal), ce qui va amener les milieux adverses encore plus loin de leur charnière centrale.

Vous l’avez peut-être compris, la relance depuis Buffon expliquée au début est le cas extrême des mécanismes italiens. Le bloc adverse se retrouve alors étiré au maximum en profondeur, et la triple largeur (central, relayeur et latéral) est présente et aspire les milieux adverses vers les ailes.

Dans les faits

Ces descriptions sont tellement théoriques que l’on pourrait douter de leur application réelle sur le terrain. Mais c’est ce qui est épatant avec cette sélection italienne : quel que soit l’adversaire, elle a réussi à mettre en place sa structure et ses mécanismes pour atteindre son objectif. Si vous avez des doutes, soyez sans crainte, on va en voir de nombreux exemples rapidement.

En faisant circuler le ballon sur ses 3 défenseurs centraux, la Squadra Azzurra pouvait mettre en place patiemment sa structure visant à désorganiser l’adversaire. Pour les fans de Guardiola, cela devrait faire tilt.

Avoir le ballon est important lorsqu’on réalise une séquence de 15 passes consécutives pour maintenir son organisation tout en déstabilisant celle de l’adversaire. Et pendant que vous faites ces 15 passes, votre équipe s’organise et l’adversaire court après le ballon, essayant de le récupérer. Durant ce processus, l’adversaire perd toute son organisation sans s’en rendre compte – Pep Guardiola

L’Italie, comme les équipes de Guardiola, profite du contrôle du ballon pour altérer sa structure et désorganiser l’adversaire, pour créer des espaces. Plutôt surprenant pour une équipe souvent réduite à son travail défensif.

Toucher les attaquants

Tous ces mécanismes n’ont pour seul but que de permettre d’atteindre les attaquants. Mais une fois qu’ils ont été créés, encore faut-il être capable de les atteindre, ces fameux attaquants.
La solution la plus évidente est une passe verticale depuis les centraux, puisque qu’il n’y a plus les milieux pour couper ces trajectoires. L’Italie a souvent utilisé ce type de passe, notamment via Barzagli.

On pourrait s’attendre à voir Bonucci omniprésent dans ces phases de jeu, cependant ses lignes de passe verticales étaient le plus souvent bloquées par les joueurs offensifs adverses, qui se concentrent généralement à empêcher le jeu dans l’axe du terrain (Eder et Pellé avaient d’ailleurs ce comportement).

Lorsque les centraux n’avaient pas la possibilité de jouer une passe axiale, un autre schéma de construction était utilisé par les hommes de Conte.
Ce mouvement visait à contourner le bloc adverse pour jouer une passe pénétrante (vers les attaquants) depuis une position dont la ligne de passe n’était pas couverte. Cette tâche était à la charge des latéraux, qui se situaient le long de la ligne de touche entre les 2 lignes adverses (voire quasiment à hauteur de la défense adverse).

Sur ces vidéos j’ai mis un exemple dans chaque match (sauf l’Irlande que j’ai laissé de côté car équipe bis), et ce n’est qu’un échantillon parmi toutes celles qui ont été réalisées par les joueurs de Conte.
Cette passe en une touche permettait de ne pas être mis en difficulté par la précarité de leur situation (le long de la ligne de touche, avec un ou plusieurs adversaires proches), ainsi les joueurs italiens n’hésitaient pas à jouer vers leurs latéraux, même si ceux-ci étaient isolés dans le couloir.
Ce circuit de passe est évidemment moins propre que le précédent, car les attaquants reçoivent un ballon nettement plus compliqué à maîtriser. Cependant il s’est avéré étonnement efficace, alors que j’étais plutôt sceptique.

Le travail de Conte pour mettre en place ce circuit de construction saute aux yeux lorsqu’on voit un match de l’Italie. A tel point qu’il en devenait presque caricatural, car les latéraux pouvaient se transformer en machines à renvoyer dans l’axe alors qu’ils avaient parfois du temps et de l’espace pour recevoir.

Jusqu’ici on a pu remonter toute la construction italienne pour voir comment ils arrivaient à trouver leurs attaquants. Mais dans l’objectif initial il fallait en plus que ces attaquants aient la possibilité de recevoir le ballon puis de progresser.

Conclure

Les mécanismes que l’on a vus jusqu’à présent ont permis de créer de l’espace devant les attaquants italiens. Cet espace permettait d’ouvrir des lignes de passe, mais il leur permettait aussi de décrocher pour sortir du marquage des centraux adverses. Cependant les défenseurs centraux sont bien souvent agressifs dans leur marquage et n’hésitent pas à suivre ces décrochages. Malgré la grande surface disponible pour recevoir le ballon, les attaquants ne sont pas forcément libres puisqu’ils ont un garde du corps sur le dos. Ça serait quand même dommage que l’Italie fasse tout ce travail pour au final buter si près de l’objectif.

Une nouvelle fois la solution va venir des relayeurs, qui ont décidément un rôle clef dans l’animation de Conte. Nous nous étions arrêtés avec les relayeurs qui partent vers la ligne de touche pour ouvrir des lignes de passe vers les attaquants.
En réalité il n’y a jamais les 2 relayeurs collés sur chaque ligne de touche. Ils n’ont pas forcément besoin d’aller autant dans la largeur, quelques pas peuvent être suffisants, notamment pour le relayeur qui se situe côté faible (à l’opposé du ballon) : c’était une simplification de ma part dans les animations précédentes pour une meilleure visualisation.
Lorsque la passe s’enclenche pour les attaquants, leur travail d’aspiration vers la largeur est terminé. Ils passent alors dans un rôle de déséquilibre et prennent immédiatement la profondeur dans l’intervalle entre le défenseur central et son latéral (un seul relayeur à la fois prend la profondeur)

Cet appel crée ponctuellement un 3c2 face à la charnière adverse, qui doit alors choisir entre suivre le décrochage de l’attaquant (et ouvrir l’espace dans son dos) ou laisser l’attaquant recevoir pour contrôler la profondeur.
Evidemment le milieu central adverse peut suivre le relayeur italien, mais il aura toujours un temps de retard (puisqu’il réagit à la course) qui va faire peur à ses centraux. De plus les milieux qui suivent les appels en profondeur sont plutôt rares, car ils ont généralement une tâche de marquage en zone orienté joueur (ils doivent marquer l’adversaire quand celui-ci est dans leur zone) et ils ont tendance à ne pas être aussi attentifs à ce qui se passe derrière eux que devant eux.

La vidéo qui suit est la première grosse vidéo récapitulative de l’animation offensive italienne. On va y voir des actions où l’on retrouve des mécanismes détaillés précédemment, et qui se sont conclues grâce à l’apport en profondeur des relayeurs.

Par rapport à ce que je disais précédemment, on peut voir que Witsel a été particulièrement attentif aux appels de Parolo, ce qui lui a permis de rattraper plusieurs situations critiques. Mais ça n’aura pas suffi aux belges pour maîtriser les appels des relayeurs puisqu’un mécanisme de ce type a permis le but de Giaccherini.

Lorsqu’un central (voire les deux) décide de ne pas suivre le décrochage des attaquants italiens (comme sur le GIF précédent), par peur de la profondeur, ceux-ci utilisent des appuis-remises pour remettre rapidement le ballon au sol et face au jeu. J’aurais pu mentionner ce mécanisme dans le paragraphe « profondeur », puisque l’appel en profondeur crée de l’espace pour les attaquants, mais il serait arrivé un peu tôt par rapport à la construction étape par étape de l’action.
Toucher les attaquants n’est pas un moyen de gagner du terrain pour faire reculer le bloc adverse, les actions doivent être conclues très rapidement une fois qu’ils ont été trouvés. Or ils n’ont généralement pas de solution en profondeur puisque la défense adverse a anticipé cette profondeur (c’est ce qui leur a permis de recevoir avec de l’espace). La progression très rapide se fait alors en trouvant les latéraux qui sont positionnés haut et qui se retrouvent libres sur les côtés.

Les latéraux se retrouvent assez mécaniquement libres sur le côté, car l’appel du relayeur + la combinaison axiale entre les attaquants a tendance à faire converger le bloc adverse qui veut s’opposer à la progression.

Lors de cet Euro les italiens ont très mal exploité ces phases de jeu sur lesquelles un latéral était libéré. Candreva a bien tenu le flanc droit, mais les autres latéraux ont eu beaucoup de difficultés pour exploiter les décalages créés par leurs coéquipiers. L’Italie aurait grandement gagné en puissance offensive avec des latéraux capables d’accélérer avec le ballon et de gagner des 1 contre 1.

D’ailleurs leur puissance offensive a été globalement limitée par les limites individuelles. Conte a mis en place des circuits et mécanismes qui ont posé d’énormes problèmes à tous leurs adversaires, mais les italiens ont eu du mal à convertir ces décalages en véritable situation. La faute à des imprécisions techniques et à des choix pas toujours inspirés une fois que les décalages étaient créés.

L’Italie n’a donc pas été l’équipe la plus excitante à regarder pour un spectateur neutre plus intéressé par les occasions que par l’affrontement tactique. Mais elle restera pour moi l’équipe la plus intéressante de cet Euro. Leur capacité à manipuler les adversaires a forcé l’Allemagne, championne du monde en titre, à changer complètement son organisation. Et comme l’a dit Conte, c’est déjà une petite victoire.

Que les champions du monde aient dû changer leur système pour nous affronter est la preuve qu’ils nous respectaient vraiment et cela doit être un motif de fierté pour nous

Réponse de l’adversaire
Suède

Je l’ai rapidement mentionné au cours de l’article et on a pu le voir sur de nombreux exemples vidéos ensuite : les mécanismes italiens gagnaient beaucoup en efficacité face à un milieu orienté « joueur », et ils fonctionnaient d’autant mieux quand l’adversaire cherchait à presser.
Une fois ce constat réalisé, le match face à la Suède devenait très intéressant à analyser car les hommes d’Erik Hamren défendaient avec un bloc assez passif et orienté « structure ». Les joueurs se positionnaient donc pour maintenir la cohérence du 4-4-2 et les distances entre les joueurs et entre les lignes (façon Villarreal). Les relayeurs de Conte avaient donc beaucoup plus de mal à les sortir de position, et les centraux ne pouvaient plus espérer aspirer leur adversaire en jouant vers l’arrière.
Face à cette organisation l’Italie a changé son fusil d’épaule et a introduit beaucoup de positionnement derrière le milieu adverse. Confiante en la capacité de sa 1ère structure (le 3+1 avec les centraux et De Rossi) à utiliser le ballon pour créer des joueurs libres, la sélection de Conte mettait tous les autres joueurs entre la défense et le milieu suédois. Ainsi la ligne défensive devait gérer 4 joueurs dans les 3 corridors axiaux et ne pouvait plus bloquer les latéraux italiens, qui étaient libres de recevoir des passes longues provenant de Barzagli ou Bonucci.

Là encore l’équipe italienne s’est confrontée aux limites de ses latéraux qui n’ont pas su valoriser leur liberté, et on a pu voir que la Squadra Azzurra n’était pas forcément à l’aise pour attaquer via les ailes car l’animation des couloirs était minimaliste (pas ou peu de dédoublements, ni de courses à l’intérieur).

La meilleure preuve de ce changement d’approche se situe dans le nombre de ballons reçus par Pellé et Eder :

ballons-touches
Avec une animation se concentrant sur le maintien de la structure du 4-4-2, la Suède a forcé l’Italie à changer son plan de jeu

Cependant malgré ce changement, l’Italie a montré qu’elle était capable de varier son jeu pour s’adapter à l’animation d’un adversaire qui annihilait parfaitement ses circuits habituels
La victoire est venue d’une action individuelle à la fin du match, mais sur cette rencontre l’Italie a d’abord complètement maîtrisé le match sans ballon (1ère mi-temps) puis avec ballon en 2nde période. Les changements tactiques réalisés à la pause par Conte (relayeurs qui ne respectent plus l’animation habituelle mais qui jouent entre les lignes) auront été très efficaces et auront permis de répondre rapidement au problème posé par son adversaire. .

L’animation défensive suédoise représente malgré tout le cas le plus défavorable pour l’Italie, qui, même si elle a trouvé des parades, ne peut plus réciter son plan de jeu. Mais ce genre d’animation orientée structure est rarement choisie par des grandes sélections, qui préfèrent prendre une orientation joueur pour capitaliser sur leur supériorité qualitative.

Allemagne

Je l’ai rapidement mentionné un peu plus haut, mais l’Allemagne a modifié son organisation pour répondre au jeu italien. Habituellement en 4-2-3-1, la sélection de Lowe a affronté la Squadra Azzurra avec une défense à 3 composée de Hummels, Boateng et Howedes.
Ce changement a été questionné, mais selon moi c’était le meilleur choix à faire pour l’Allemagne. En effet la présence de 3 défenseurs centraux a permis aux allemands d’annihiler l’objectif de jeu des italiens, puisque cela leur permettait de maintenir 2 défenseurs au contact des 2 attaquants tout en conservant une couverture qui pourrait gérer la profondeur.

Cependant même cette sécurité supplémentaire pouvait être insuffisante car Boateng devait couvrir toute la largeur derrière les 2 stoppeurs, et il pouvait donc être pris de vitesse en cas de changement de jeu assez rapide.

Cet exemple ressemble beaucoup au but de Giaccherini face à la Belgique … mais Sturaro n’est pas Bonucci.

Bravo à Conte et aux italiens

J’espère que cette analyse aura permis de mettre en lumière le travail colossal d’Antonio Conte à la tête de Squadra Azzurra.

Je dois être un entraîneur pour cette équipe nationale, je veux être tout sauf un sélectionneur. La raison pour laquelle j’ai décidé de me lancer dans cette aventure est la volonté de faire en sorte que la Nazionale devienne comme un petit club – Antonio Conte

Malgré les limites du métier de sélectionneur, Conte a su transformer son équipe, et il peut être fier de ce qu’il a accompli. La réalisation collective n’était évidemment pas parfaite, le temps réduit pour travailler ne permet pas d’atteindre une qualité de réalisation d’un Atletico Madrid. Cependant elle était à part dans cet Euro, et largement au niveau de clubs qui évoluent en C1.

La beauté de la performance italienne réside aussi dans l’originalité de son jeu. A une époque où le milieu de terrain est roi, l’Italie a fait figure d’anachronisme en cherchant systématiquement à le sauter pour atteindre les attaquants. Elle aura montré que l’on peut sortir du carcan moderne « imposant » une progression ligne par ligne : même si cette manière de procéder correspond à ma vision du football, je suis très heureux de voir des alternatives viables et bien travaillées.

Bravo à Conte pour tout ce qu’il a accompli avec cette sélection. Même si elle ne restera pas dans l’histoire du football italien, déjà bien chargée, cette épopée est à mon sens une vraie réussite. Et je ne pense pas être le seul.

Je suivrai avec grand intérêt ce qu’il va réaliser à Chelsea l’année prochaine, dans un championnat où le plateau des entraîneurs est devenu plus alléchant que celui des joueurs (ce qui n’est pas pour me déplaire).

Et parce que je ne me lasse pas des citations de Wilmots, la guest star de cet article :

Peut-être l’animation. Au lieu de jouer en homme contre homme dans l’entrejeu, on va peut-être jouer en zone. Tout le monde devrait glisser vers un côté ou vers l’autre. Je ne sais pas encore si on va faire cela. On n’a jamais joué ainsi. En club, ce sont des choses qui s’entraînent facilement. Six semaines doivent suffire. Ici, je n’ai pas le temps pour travailler cela – Marc Wilmots

Le manque de temps n’est qu’une excuse, valable pour toutes les sélections. L’objectif n’est pas d’atteindre une réalisation parfaite, mais de faire mieux que ses adversaires qui sont soumis aux mêmes contraintes.

Si vous êtes arrivés jusque là, bravo parce que c’était long! Et si vous avez apprécié l’article, n’hésitez pas à le partager. Je n’y gagne rien, mais ça me fera vraiment plaisir 🙂

18 thoughts on “Italie : Comment Conte a transformé la Squadra Azzurra?

  • 7 juillet 2016 at 10:31
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    tu n y gagne rien ? dommage tu paraissais sincère 😉

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  • 7 juillet 2016 at 14:28
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    Bravo et merci
    je le partage tout le temps sur des sites de foot et a mes amis tes articles
    tu deviens une réference dans  » mon cercle » ^^

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  • 7 juillet 2016 at 14:29
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    Tu n’avais pas fait d’analyses du séville d’emery il me semble
    ce coach est aussi très intéressant
    en tant que supp du psg je vais me régaler

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  • 7 juillet 2016 at 17:17
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    Merci pour l’article. C’est du boulot de le lire, mais certainement moins que de l’écrire.
    La démonstration est parfaite et les ressorts du jeu italien (et donc du boulot de Conte) bien mis en lumière.

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  • 10 juillet 2016 at 12:53
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    Please, give us this article in english. I will be very grateful. Best Regard.

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  • 12 juillet 2016 at 23:19
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    C’est vraiment pédagogique et sympa à lire.
    Merci pour ce partage

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  • 13 juillet 2016 at 23:11
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    Merci pour cette analyse encore une fois passionnante et très complète.

    Contre l’Espagne comme contre l’Allemagne, on a vu Giaccherini venir souvent au marquage de Piqué et Howedes, donc faire office presque de troisième attaquant. Est-ce que tu as noté des changements dans l’animation défensive italienne du à ce positionnement un peu spécial du relayeur italien, un peu comme Ramsey avec le Pays de Galles ?

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    • 13 juillet 2016 at 23:38
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      Face à l’Allemagne c’était toujours dans cette idée de couvrir le half-space, il sortait exactement comme il sortait face à un milieu/latéral dans une animation classique.

      Face à l’Espagne c’était différent, l’Italie a voulu maîtriser Busquets et donc l’animation a été un peu modifiée pour permettre cela. Mais ça a eu pour conséquence d’ouvrir des espaces un peu plus bas dans le bloc, j’étais pas forcément fan.

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  • 17 juillet 2016 at 21:26
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    Will there be English version?

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    • 18 juillet 2016 at 15:21
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      Yes! May be published in next 10 days 🙂

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  • 19 juillet 2016 at 03:10
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    Super article, je vais m’en servir pour retranscrire la tactique sur FM. En attaque, le joueur de pointe c’est bien Pellè, qui fait office de pivot et Eder lui tourne autour profitant des espaces créées, c’est ça? On a donc un Pivot en pointe et un Faux 9 plus créatif?

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  • 19 juillet 2016 at 14:26
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    Vraiment je suis toujours surpris par tes analyses. Je considère que c’est du haut niveau!…

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  • 3 août 2016 at 00:23
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    Bonjour, pour moi qui passe mes diplômes pour devenir entraîneur principal à Haut niveau professionnel, tes analyses sont d’une rare rigueur et justesse, elles sont vraiment très agréables à lire. Bravo à toi, et continue C du très très bon boulot et d’une rare compétence. Félicitations

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  • 22 août 2016 at 14:06
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    Je partage tout à fait l’avis de Hoste et Ken, c’est une analyse de très haut niveau qui plus est, limpide et extrêmement explicite… du grand art !!! Remarque, Quelle analyse, aussi pertinente qu’intéressante !!!

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  • 12 mars 2017 at 00:37
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    Bravo elle met les mots sur ce que je cherche à transmettre. Continuez surtout car le football a besoin de gens intelligents!

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  • Pingback: Idea de juego

  • 6 septembre 2017 at 21:00
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    tres interessant . une bonne facon de bien analyser ttes les sequences . merci bien

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