Le Génésio’s Touch : révolution de 2016 pour l’OL?

Après une victoire facile face aux amateurs de Limoges, l’Olympique Lyonnais vivait une journée historique avec l’inauguration de son nouveau stade et le premier « vrai » match pour son nouveau coach Bruno Génésio.
J’ai rédigé de nombreux articles pour décrypter le jeu de l’OL sous la houlette d’Hubert Fournier et pointer des lacunes récurrentes dans l’animation de l’équipe, le changement me semblait nécessaire pour avancer.
A première vue l’intronisation de Bruno Génésio ne représente pas le changement espéré. Déjà en charge des entraînements, ce choix sonnait plus comme une rupture pour la forme tout en assurant une continuité sur le fond.
Est-ce vraiment le cas ?

Pas de Magic System

Premier choix qui saute aux yeux, le 4-3-3 semble s’installer aux dépens du 4-4-2 en losange. Un choix qui a fait parler puisque les médias réduisent bien souvent le rôle de l’entraîneur à sa composition d’équipe.
Nous sommes loin de la révolution puisque les derniers matchs d’Hubert Fournier étaient dans ce système. Cependant le choix de Génésio prend une autre résonance car il installe Ghezzal plutôt que Beauvue quand son prédécesseur devait répondre aux absences de Kalulu et Lacazette.

genesio

Penchons-nous rapidement sur les animations « théoriques » de ce système, pour voir s’il implique de facto un changement majeur à l’OL.
Le changement d’homme amène l’OL à se présenter avec des meneurs excentrés en faux pied dans les couloirs. En phase offensive ces joueurs ont tendance à se recentrer ce qui permet d’ouvrir le couloir pour les latéraux et donc d’obtenir un positionnement de ce type en phase de possession.

Comme vous pouvez le constater, cette animation est très proche des phases de possession avec le losange de Fournier.
En phase défensive le 4-3-3 permet de se retrouver naturellement en 4-5-1, qui est un système permettant une couverture cohérente du terrain comme je l’avais expliqué dans un article questionnant la possibilité de défendre avec 3 attaquants.

Ici on constate un véritable changement par rapport au losange de Fournier (qui laissait les 3 joueurs offensifs à l’avant en phase défensive).

Sur le papier ce changement de système par rapport au losange semble assez anecdotique d’un point de vue offensif mais il tranche avec les choix de Fournier lors des phases défensives (en ne laissant plus qu’un joueur devant).
Ce paragraphe permet de mesurer les conséquences d’un changement de système. Sans être anecdotique, un tel changement n’est pas non plus majeur.
Donc arrêtons maintenant de parler de système de jeu et parlons d’animation et donc de tactique.

Génésio se lance dans l’animation

Parlons d’animation, car c’est ici que les vraies différences sont créées. Les habitués du site le savent bien, je ne comprenais pas l’utilisation des relayeurs par Hubert Fournier. Constamment en retrait du milieu adverse, ils étaient quasi inutiles avec le ballon et relégués à la couverture du latéral.
Et bien avec Génésio cela semble révolu ! Qu’il semble loin le temps des relayeurs à hauteur des défenseurs centraux qui faisaient passer le ballon de Gonalons à Jallet, puis de Jallet à Umtiti, ce sont aujourd’hui ces relayeurs qui causent le déséquilibre.
En effet on a immédiatement vu que les relayeurs n’hésitaient pas à se placer derrière le milieu adverse et étaient prêts à laisser les défenseurs centraux construire le jeu. Mécanisme assez intéressant, la plupart du temps un seul relayeur se mettait derrière le milieu adverse tandis que l’autre s’alignait avec Gonalons pour former un double pivot.

RELAYEURS
Darder positionné derrière le milieu adverse se retrouve sur la même ligne que les 3 offensifs

Une modification de l’animation qui peut sembler assez minime mais qui a en réalité de lourdes conséquences sur le jeu de l’équipe lyonnaise.

L’effet papillon

Pour créer le déséquilibre

En ayant ses relayeurs positionnés plus haut, l’OL rapproche sa ligne de milieu et sa ligne d’attaque, jusqu’à quasiment les confondre, et il en va de même lorsqu’un joueur excentré vient se positionner dans le cœur du jeu. Cette proximité entre les joueurs permet des combinaisons, que ça soit avec le ballon ou dans les mouvements (des permutations par exemple).


On le voit sur cette animation, des joueurs proches peuvent interagir et poser des problèmes à la défense adverse. Avec des relayeurs qui font le piston et qui ne restent plus seulement en position basse, l’OL amène enfin du mouvement et des interactions dans les zones centrales du terrain.

 
Lors du match face à Troyes c’est Darder qui a été le plus intéressant dans le dépassement de fonction en sachant parfaitement exploiter les mouvements de ses coéquipiers et des adversaires au marquage. Déjà en vue face à Limoges dans ce domaine, c’est sûrement lui qui peut tirer le plus de bénéfice de cette évolution tactique du poste de relayeur dans l’effectif lyonnais. Tolisso a moins exploité sa liberté verticalement et a plutôt dézoné horizontalement pour venir côté ballon (sur le flanc droit donc).
Cette facilité à interagir et combiner n’est pas le seul avantage d’une grande proximité des joueurs lors de la phase de construction. En effet comme on a pu le voir avec l’article sur le gegenpressing du du Dortmund de Jurgen Klopp, avoir beaucoup de joueurs autour du ballon permet de réagir très vite à la perte de balle.

Le gegenpressing de Génésio ?

On utilise généralement le terme de compacité pour définir la distance entre les joueurs : plus la compacité est grande, plus les joueurs sont proches. Et on peut parler de compacité horizontale (dans la largeur du terrain) ou de compacité verticale (dans la profondeur).
Ce terme est plus souvent relié à la phase défensive d’une équipe pour déterminer si son bloc équipe est compact et si c’est le cas dans les deux directions. Mais on peut l’adapter dans cette analyse pour décrire le positionnement de l’équipe lyonnaise.
On a vu qu’avec des relayeurs positionnés plus haut et des excentrés revenant dans le cœur du jeu, l’OL a une forte compacité devant le ballon ce qui lui permet de combiner. Mais cette proximité permet aussi d’avoir beaucoup de joueurs autour du ballon lorsque celui-ci est perdu.
Souvenez-vous de l’article sur l’OGC Nice où je comparais la position des relayeurs pour montrer que le positionnement des lyonnais empêchait de réagir rapidement à la perte de balle.

 
L’évolution du rôle des relayeurs a donc un impact sur les possibilités offertes pour défendre en transition défensive (à la perte du ballon). Les lyonnais ont bien exploité cette possibilité face à Troyes en profitant de leur proximité pour récupérer très rapidement les ballons dans le camp troyen.

 
A la perte du ballon les rôles sont bien définis : les milieux en retrait (entre leur but et la balle) se rapprochent du ballon mais sont plutôt conservateurs (empêchent de progresser et jouent l’interception plutôt que la récupération dans les pieds) tandis que les joueurs devant le ballon convergent rapidement vers celui-ci pour agresser le porteur.
Le pressing à la perte est utilisé par énormément d’équipes aujourd’hui, soit pour empêcher la contre-attaque (Guardiola) soit pour profiter du désordre adverse (Schmidt). Plutôt patients dans leur jeu sous Fournier, et profitant donc peu des situations de contre, les lyonnais ont clairement penché vers la 2nde catégorie depuis l’arrivée de Génésio.

 
Sur ces 2 exemples l’équipe lyonnaise n’effectue pas de gegenpressing (on en parlera plus tard) mais on peut observer la volonté d’aller très vite vers l’avant lorsque le ballon est récupéré. De plus on peut noter le comportement des milieux en retrait du ballon qui ne se jettent pas avec agressivité mais qui cherchent à bloquer les solutions proches voire à intercepter les passes.

Quelles limites ?

Si vous vous arrêtez maintenant de lire l’article, vous irez vous coucher en étant persuadés que l’OL est en train de devenir une machine et que Bruno Génésio est le Jurgen Klopp français. On ne va pas se mentir, cela m’étonnerait fort.
Premièrement parce que les évolutions observées l’ont été contre 2 équipes très faibles … et pendant une période somme toute assez courte face à Troyes. Car après 25 (très) bonnes minutes, les lyonnais ont abandonné ces constructions et combinaisons axiales en utilisant moins souvent les relayeurs dans le dos du milieu adverse et en laissant Grenier plus souvent sur la ligne de touche, ce qui fut particulièrement net au retour des vestiaires. Le gegenpressing n’a pas non plus duré plus d’une mi-temps.

 
Conséquences directes, l’OL a eu bien plus de mal à s’approcher de la surface adverse et n’était plus capable de récupérer le ballon à la perte.
De plus lorsque l’adversaire a mis plus d’intensité et d’agressivité dans son jeu (en 2nde période pour Troyes), les lyonnais ont eu toutes les peines du monde à répondre à cette problématique. La volonté de relancer depuis le gardien est toujours clairement présente mais elle met surtout en lumière les lacunes dans le jeu collectif de l’équipe.

 
Enfin le bloc en défense placée n’a pas du tout évolué par rapport à ce qui était réalisé sous Hubert Fournier. Le système a changé par rapport au losange (passage en 4-5-1) mais les principes sont les mêmes : bloc médian, passif orienté fortement sur la défense en zone. Pour l’instant les adversaires affrontés n’ont pas exploité les lacunes du bloc lyonnais en défense placée mais ça n’est pas forcément à mettre au crédit des hommes de Bruno Génésio.

5 thoughts on “Le Génésio’s Touch : révolution de 2016 pour l’OL?

  • 14 janvier 2016 at 21:25
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    « Les habitués du site le savent bien, je ne comprenais pas l’utilisation des relayeurs par Hubert Fournier. Constamment en retrait du milieu adverse, ils étaient quasi inutiles avec le ballon et relégués à la couverture du latéral. »

    Dortmund le fait aussi tout le temps, avec les décrochages de Gundogan et Kagawa, pour former ce 2-3 en phase de relance, et comme tu l’as expliqué : permettre d’attaquer la 2ème ligne de pression, et de profiter ensuite de l’espace qui peut se libérer derrière… Que le Lyon de Fournier n’en profitait pas d’accord, mais je ne comprends pas ton ambivalence sur cette question… Pour ce new OL, je n’aie pas vu encore un match, donc personnellement on verra, mais un certain potentiel tactique se dégage, quand on lit cette article encore une fois très intéressant…

    ps : A quand un article sur le 343 de Sousa à la Fio ? 4ème équipe d’Europe en terme de passes success (devant le FC. Barcelone). OL c’est mignon, mais ça rend ton site un peu fan zone sur les bords, c’est dommage, car cela limite ta grande capacité d’analyse tactique à une seule équipe….

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    • 14 janvier 2016 at 23:50
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      Les relayeurs de Dortmund sont loin d’être juste relégués à la couverture du latéral!
      Effectivement Gundogan assure la couverture du latéral (moins vrai pour Kagawa) mais c’est aussi le métronome de l’équipe. La seule ressemblance avec l’utilisation des relayeurs par Fournier était ce conservatisme dans la position de Gundogan.

      Ce qui me dérange(ait), ce n’était pas la position des relayeurs mais la raison de ce positionnement. Gundogan quand il reste plutôt bas c’est pas pour permettre à Ginter de monter. Tandis que Darder quand il restait bas c’était pour laisser Morel monter. Et accessoirement il transmettait le ballon de Umtiti à Morel.

      Concernant le futur, j’ai un article en préparation sur l’Atletico Madrid depuis fin décembre mais j’ai été pris par l’actualité « Génésio » et je voulais faire un article sur cette nouveauté donc j’ai mis celui-ci en stand-by. J’assume être supporter de l’OL et ça se ressent sur le site j’en suis conscient, mais les article sur les autres équipes sont beaucoup plus longs à réaliser et je n’ai pas forcément le temps d’en faire régulièrement 😉

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  • 16 janvier 2016 at 23:18
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    Je découvre ce site et il est formidable. Bravo à toi pour ce travail. Je ne sais pas si tu comptes faire un article sur le match de Coupe de la Ligue PSG – OL, mais il y a des certainement des choses très intéressantes à rajouter sur l’apport tactique de Génésio ! Notamment au niveau du pressing entrevu sur les premières minutes de la première au grand stade… 😉

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    • 16 janvier 2016 at 23:37
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      Merci beaucoup Hugo!

      Je ne pense pas faire de retour sur ce match car je manque de temps actuellement et j’ai toujours des réticences à analyser les performances face au PSG.
      Beaucoup de clubs en difficulté considèrent avoir fait un très bon match face au PSG (ASSE et OM par exemple), simplement parce qu’ils ont vaillamment tenu tête à une équipe supposée très forte.
      Mais le PSG joue régulièrement à un niveau très banal, et ce fut le cas face à l’OL sur la 1ère MT. C’est un match très spécial et il est difficile de discerner ce qui est causé par la baisse de niveau du PSG et ce qui provient de son adversaire.

      Cependant si le pressing entrevu se poursuit dans le temps, il y aura assurément un article dessus 🙂

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  • 18 janvier 2016 at 21:49
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    Je comprend ton point de vue, après j’ai trouvé qu’on les avait vraiment fait déjoué. Mais c’est sûr que avec Motta et Matuidi au milieu le match aurait été tout autre ^^

    En tout cas, après le derby…9 ème place… on a beau jouer, on a pas les résultats…

    A bientôt 😉

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