Euro 2016 : Analyse des adversaires de l’Equipe de France

L’Euro 2016 va débuter le 10 juin, et la France va commencer sa compétition par 3 rencontres face à la Roumanie, l’Albanie et la Suisse. Mais que valent ces équipes? La suite de l’article va décortiquer les principes de jeu de chaque équipe et présenter leurs points forts et points faibles.
Ces analyses ne vont évidemment pas être complètes, vous vous en rendrez rapidement compte. Faisant entre 1000 et 1700 mots par équipe, elles ne peuvent prétendre être aussi détaillées que les analyses que je fais habituellement sur le site. Cependant leur objectif est un peu différent, puisqu’ici j’essaye de décrypter rapidement le style de jeu de chaque équipe du groupe de l’Equipe de France, tout en isolant quelques points forts sur lesquels l’EDF devra être vigilante, et quelques points faibles qui pourraient être exploités par l’équipe de Didier Deschamps.

Roumanie

L’Equipe de France va débuter son Euro par un match d’ouverture face à la Roumanie. Dans un Stade de France rompu aux joutes internationales, les bleus vont chercher à démarrer la compétition de la meilleure des manières en prenant les 3 points face à une équipe roumaine cataloguée comme très difficile à percer.
Ce statut ne leur a pas été attribué par hasard, les roumains l’ont gagné à la sueur de leur front en finissant meilleure défense des Eliminatoires de l’Euro (2 buts encaissés). Cette performance doit être relativisée par la faiblesse de leur poule, mais elle ne peut pas non plus être le fruit du hasard.
Organisés dans un 4-2-3-1 aux airs de 4-4-2, les roumains ont démontré face à des adversaires de qualité qu’ils savaient défendre collectivement.

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Difficile de ressortir un XI type avant le début de la compétition. Mais une chose est sûre, l’équipe va évoluer dans un 4-2-3-1
Le verrou roumain

Difficile de dégager une vraie équipe type pour cette équipe roumaine qui a très souvent changé de 11 au cours des derniers matchs amicaux. Pas moins de 4 milieux ont ainsi accompagné Pintilii dans le double pivot en 2016, et il en va de même pour le poste d’avant-centre où 4 joueurs se sont relayés. Malgré ce tâtonnement du sélectionneur et les multiples solutions testées, l’organisation a toujours été la même.
En effet peu importe les hommes choisis, le sélectionneur n’a jamais abandonné son 4-4-2 déployé en bloc médian autour de la ligne médiane.

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Un bloc qui s’organise avec des tâches et des références très différentes selon les postes.
La première ligne a pour rôle de neutraliser le ou les pivot(s) adverse(s) :

  • Face à un unique pivot, les deux joueurs se répartissent les rôles : un joueur au marquage sur le pivot pendant que l’autre attaquant va presser les défenseurs centraux (façon Atletico).
  • Face à un double-pivot, les 2 attaquants deviennent « option-oriented », c’est-à-dire qu’ils se positionnent sur les lignes de passe pour couper la relation entre le porteur et son milieu.

Ce comportement vise à empêcher l’adversaire de construire depuis l’axe pour le repousser sur les ailes. De plus les attaquants roumains utilisent beaucoup de courses incurvées pour accentuer ce phénomène.
Derrière eux se trouve une ligne de 4 milieux qui alterne entre une prise de référence sur l’espace et une prise de référence sur l’adversaire. Il semblerait que la volonté soit d’avoir une ligne de milieu orientée « espace », utilisant les mêmes mécanismes défensifs que Villarreal (je vous invite à lire mon article qui détaille leur animation défensive), mais parfois les joueurs sortent complètement de position pour suivre un adversaire. Grossièrement l’idée est d’enfermer l’adversaire par la course de l’attaquant, idéalement sur un tiers de terrain, et de bloquer les passes vers l’avant possibles sur ce tiers par la compacité entre le milieu centre et son ailier.

 

Ce travail est généralement bien maîtrisé par le bloc roumain, mais le manque de continuité dans la prise de référence des milieux centraux (peut-être par manque d’automatismes, la sélection n’offrant pas un temps d’entraînement conséquent) a tendance à ouvrir des intervalles dans la ligne du milieu.
Derrière eux se trouve une ligne défensive très agressive dans ses remontées, ce qui permet de réduire un maximum l’espace entre les lignes et de mettre hors-jeu les attaquants pas assez attentifs. Cependant cette agressivité ne se traduit pas dans leur volonté de suivre les décrochages, puisqu’ils préfèrent rester avec une ligne de 4 plutôt que de sortir de position pour suivre l’adversaire. Ainsi il est possible de trouver des joueurs entre les lignes lorsque la ligne du milieu n’est pas assez compacte pour fermer les intervalles. Dans ce cas la ligne défensive adopte un comportement très prudent et ne cherche absolument pas à presser le receveur. Au lieu de ça elle recule rapidement pour l’empêcher de trouver de suite une passe dans leur dos. Le joueur peut évidemment progresser balle au pied, mais bien souvent les joueurs sont réticents à se lancer balle au pied sur une défense qui recule. Cette réticence ralentit la progression du porteur, ce qui permet le repli des milieux roumains entre le ballon et leur but.

L’animation défensive roumaine est plutôt intéressante et efficace pour empêcher l’adversaire de progresser ligne par ligne, mais elle est loin d’être sans faille. En effet le bloc roumain a énormément de mal à défendre face à des défenseurs capables d’allonger le jeu.
La passivité initiale de leur première ligne (qui ne vient cadrer que lorsqu’elle peut enfermer le central) donne du temps au porteur pour voir le jeu et ajuster ses passes. Ceci est particulièrement problématique dans le cas de la Roumanie, puisque le temps offert au porteur peut lui permettre d’anticiper les mouvements de la ligne défensive et donc de trouver la profondeur.
Cette problématique est particulièrement criante au niveau des latéraux roumains, qui ont beaucoup de mal à se positionner défensivement. C’est une vraie possibilité tactique pour les adversaires de la Roumanie, qui peuvent profiter du temps disponible pour ajuster des passes directement vers un joueur positionné très haut sur l’aile. Les latéraux roumains ont certainement peur d’être pris dans leur dos, ils restent donc très axiaux et suivent systématiquement les appels qui sont réalisé. Leur position centrale donne du temps à l’ailier pour recevoir et se mettre face au jeu*, tandis que leur propension à suivre les appels peut ouvrir l’aile pour un latéral qui arrive lancé.

 

Le temps offert aux joueurs de couloir peut permettre à des joueurs très forts dans le 1 contre 1 de recevoir le ballon puis de se mettre face au jeu. La France possède ces joueurs avec Martial et Coman, à voir si Didier Deschamps utilise cette arme ou s’il préfère installer Payet et Griezmann dans la continuité des matchs amicaux.

Derrière le verrou, une volonté de jouer

On l’a vu, la Roumanie s’articule autour de principes défensifs collectifs plutôt bien définis, mais l’équipe est aussi ambitieuse avec le ballon.
On voit de plus en plus d’équipes internationales, mêmes mineures, chercher à repartir depuis le gardien et ne pas hésiter à prendre des risques sur leurs premières lignes de relance. La Roumanie fait partie de celles-ci.
Articulée autour de Chiriches, l’équipe roumaine veut poser le ballon au sol et progresser avec celui-ci ligne par ligne. Une volonté qui se retrouve lors des phases de transition offensive, puisqu’on peut voir les roumains chercher à ressortir proprement alors qu’ils sont sous pression dans des zones critiques.

Cette démarche est évidemment louable et positive, cependant elle pose de vrais problèmes à l’équipe de Iordanescu. En effet si les joueurs font tous preuve d’une sérénité étonnante lorsqu’ils ont le ballon, ils n’en deviennent pas pour autant des maîtres dans la relance. On constate souvent des incompréhensions entre les joueurs, ou des passes mal ajustées, qui conduisent à des situations tout à fait critiques lorsque l’adversaire intercepte le cuir.

 

De plus la structure collective est généralement loin d’être optimale et ne peut garantir une sécurité en cas de perte de balle pendant la possession. Il ne serait pas étonnant de voir cette équipe sanctionnée sur des pertes de balle dans son camp au cours de cet Euro. Ainsi la bonne approche n’est pas forcément d’empêcher la Roumanie de relancer court (par exemple via un bloc haut et un marquage des solutions de passe), mais plutôt de les laisser relancer tout en étant très attentif pour anticiper des passes et tenter des interceptions.

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En laissant des solutions courtes (à droite), il est possible de profiter des lacunes roumaines dans la relance

Ce pourrait être un choix intéressant pour l’Équipe de France que de laisser la Roumanie relancer court, en faisant attention à Pintilii qui est capable de se déplacer entre les lignes, et en piégeant des lignes de passe. Des joueurs comme Kanté ou Griezmann pourraient profiter de leur capacité à lire le jeu et à exploser sur les premiers appuis pour intercepter des ballons dans le camp roumain.

Tout n’est pas à jeter pour autant dans le jeu de la Roumanie, car ces bonnes intentions offrent aussi des séquences intéressantes. Avec des milieux excentrés qui se recentrent pour se positionner entre les lignes, la Roumanie a une grosse compacité axiale qui lui permet de réaliser des combinaisons rapides, soit pour perforer soit pour aspirer l’adversaire et libérer le latéral opposé.

 

Les latéraux roumains apportent beaucoup offensivement et n’hésitent pas à partir en profondeur en étant les joueurs les plus haut sur le terrain.
La 2ème action de la vidéo est assez symptomatique des maux roumains. Une vraie ambition dans le jeu, mais des lacunes techniques qui limitent les possibilités en construisant depuis la base. Les mêmes problématiques que lorsqu’ils cherchent à partir depuis le gardien.

Albanie

Deuxième adversaire des français dans cet Euro, l’équipe d’Albanie est dirigée par Giovanni de Biasi depuis 2011. Présente dans le groupe de l’EDF pendant les éliminatoires, l’équipe avait pris 4 points sur 6 face aux bleus, qui seront donc forcément sur leurs gardes pour ce deuxième match.
Le sélectionneur albanais doit composer avec l’impossibilité de sélectionner un large contingent de ses compatriotes, qui ont généralement choisi d’évoluer pour la Suisse (Shaqiri, Dzemaili et Behrami sont nés en territoire albanais), et rares sont les joueurs connus du grand public dans le groupe pour cet Euro (Cana, Lenjani et Hysaj).
L’équipe est construite autour d’une défense à 4, d’un milieu à 3 et de 2 ailiers qui restent au large avec un seul attaquant de pointe.

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La composition probable de l’Albanie. Des doutes subsistent au milieu, sur l’aile droite (Lilaj) et en pointe (Balaj)

Selon les rencontres le milieu peut s’agencer avec une pointe basse ou avec un n°10, sans que le choix des hommes soit vraiment à l’origine de cette modification : Kace joue parfois en pointe basse, d’autres fois en pointe haute.

Avec le ballon

Contrairement à la Roumanie, l’équipe albanaise limite ses ambitions dans la construction des occasions. Certainement conscients de leurs limites individuelles, les joueurs de de Biasi ne prennent pas autant de risques lors des phases de relance. Ainsi ils n’hésitent pas à multiplier les longs ballons vers leur attaquant, ayant un profil de joueur solide dans les duels.
Les albanais cherchent le plus souvent à exploiter une déviation, l’attaquant est donc rarement isolé à la retombée de ces longs ballons.

 

Ainsi même lorsque l’attaquant ne gagne pas son duel, les 2nd ballons peuvent être récupérés et alors l’équipe se trouve avec le ballon entre les lignes, face à une défense mal organisée (puisqu’un joueur vient de jouer un duel aérien).
Evidemment les défenseurs centraux ne passent pas 90 minutes à envoyer des saucisses sur la tête de l’attaquant, parfois ils passent par leur milieu de terrain. Le trio au milieu ne correspond pas forcément au reste de l’équipe puisqu’on retrouve des profils un peu plus joueurs, capables de porter le ballon et de résister à la pression et assez mobiles.
La suite de la progression est très orientée sur les ailes, avec des joueurs de couloir qui restent au large. Que ce soit Lenjani, Lilaj ou Roshi, ils sont faibles dans le 1c1 et ont beaucoup de mal à prendre le dessus sur leur adversaire. Ainsi la solution du centre sans éliminer est très souvent choisie.
Le plus souvent ce sont les milieux de terrain qui viennent faire le nombre dans la surface, les 2 relayeurs n’hésitant pas à se retrouver en même temps dans la boîte.
Ainsi la quasi-totalité des décalages réellement créés par l’Albanie (on ne compte pas les saucisses sur lesquelles un défenseur se troue) proviennent des milieux de terrain. Que ce soit avec le ballon ou par un surnombre dans la surface, ils sont essentiels pour créer le danger lors d’attaques placées.
Mais ce plan de jeu est limité, et la faiblesse des ailiers empêche de pouvoir centrer depuis de bonnes positions. Ces 2 facteurs combinés expliquent la pauvreté des albanais lorsqu’ils affrontent une défense organisée.
Le profil de leurs ailiers est d’ailleurs symbolique du choix du sélectionneur, qui les a positionnés à ce poste car ils ont la capacité de défendre et de contre-attaquer très vite ensuite.
Mais même lors de ces phases ils demeurent des joueurs limités, et on peut se demander pourquoi le sélectionneur albanais accorde autant de confiance à Lenjani et Lilaj (ou Roshi) qui sont pourtant loin d’être les maillons forts de l’équipe.

Défendre face à cette équipe albanaise ne devrait pas être un défi majeur pour l’équipe de France, et elle pourrait se simplifier encore plus la vie en axant son animation défensive sur les idées suivantes :

  • Un joueur seul peut forcer la relance longue, notamment depuis le gardien
  • Des centraux capables de gagner les duels aériens sont un gros plus
  • Le milieu doit être très attentif aux 2nd ballons et ne pas « déconnecter » lorsqu’il est sauté par une longue balle de l’adversaire
  • Il n’est pas forcément efficace de sortir de position pour presser les milieux adverses, qui sont capables de résister à la pression
  • Etre attentif aux courses des milieux sur les centres, qui doivent être suivis jusque dans la surface
  • Sans le ballon

    Pas effrayante avec le ballon, l’équipe albanaise est –sans surprise- plus intéressante lorsqu’elle laisse le cuir à son adversaire.
    Positionnée en 4-5-1, l’équipe de de Biasi s’inspire de certains mécanismes utilisés par l’Atletico Madrid lorsque l’équipe de Diego Simeone adopte cette organisation (les mécanismes sont détaillés dans mon analyse du jeu défensif de l’Atletico). C’est déjà une belle source d’inspiration.
    Tout part de l’attaquant qui doit contrôler le pivot adverse et l’empêcher de recevoir le ballon, en le marquant de près.
    Les centraux adverses sont donc, initialement, libres de faire circuler le ballon mais ne peuvent pas trouver facilement leur circuit de passe habituel en donnant la balle à la ligne suivante.
    De plus les latéraux sont vite cadrés par les ailiers albanais qui ont tendance à être très orientés joueur (je dirais « man-oriented » par la suite), ce qui leur permet d’être proches de leur adversaire et de sortir vite si celui-ci est recherché.
    Enfin les décrochages des milieux sont suivis par les relayeurs albanais qui peuvent alors se retrouver très haut tandis que les ailiers peuvent être beaucoup plus bas (puisqu’ils sont man-oriented).

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    L’attaquant bloque le pivot adverse, pendant que les ailiers sont « man-oriented ».
    Les milieux centraux suivent les décrochages

    L’animation défensive est très claire sur cet exemple, et on voit comment l’Albanie s’organise pour empêcher l’Autriche de progresser.

    L’ensemble de ces tâches permet de bloquer efficacement l’adversaire, qui se retrouve avec beaucoup de libertés avec le ballon sur ses défenseurs centraux, mais qui a du mal à faire progresser la possession.
    La solution pour celui-ci est de profiter de la liberté de ses centraux pour monter balle au pied, avec des milieux positionnés entre les lignes qui font reculer le milieu albanais et créent de l’espace permettant la progression.
    C’est face à ce comportement que l’Albanie adopte un mécanisme utilisé par l’Atletico en faisant sortir un milieu relayeur pour cadrer le central. Cependant le comportement des joueurs derrière le piston diffère des mécanismes de Simeone. En effet l’ailier ne couvre pas l’axe et préfère être « man-oriented » sur le latéral adverse, tandis que les 2 autres milieux centraux coulissent pour être côté ballon et que l’ailier opposé a tendance à ne pas suivre la ligne du milieu car il est lui aussi orienté joueur (donc il préfère rester proche de son adversaire plutôt que de coulisser avec le reste du milieu).

    Face à l’ensemble de ces mouvements, l’adversaire trouve souvent une solution dans le dos du milieu piston qui a beaucoup de mal à sortir tout en couvrant la ligne de passe (ce que font extrêmement bien les milieux de l’Atleti).
    Cependant cette lacune est en réalité peut-être un pressing trap mis en place par le sélectionneur albanais, puisque l’équipe récupère beaucoup de ballons sur ce type de situation en faisant sortir un défenseur sur le joueur entre les lignes tandis que les autres milieux convergent eux-aussi autour du ballon. Il en résulte une très forte présence albanaise dans le half-space concerné (puisque le central au départ progresse généralement avec le ballon dans le half-space) qui permet de s’opposer à la progression de l’adversaire.

     

    Cette propension des défenseurs albanais à sortir avec beaucoup d’agressivité sur les joueurs entre les lignes ne se limite pas à ces situations d’éventuel pressing trap. En réalité ils sortent toujours sur les joueurs entre les lignes, et n’hésitent pas à complètement déserter leur ligne défensive pour anticiper une passe. Cette propension peut devenir une vraie arme pour un adversaire bien préparé.

     

    Par l’utilisation de déviations ou d’appels dans le dos du défenseur qui sort de position, les adversaires de l’Albanie peuvent exploiter l’agressivité des défenseurs. Cette situation est un bel exemple de pourquoi il est si important de connaître son adversaire.

    Qui connaît l’autre et se connaît lui-même, peut livrer cent batailles sans jamais être en péril. Qui ne connaît pas l’autre mais se connaît lui-même, pour chaque victoire, connaîtra une défaite. Qui ne connaît ni l’autre ni lui-même, perdra inéluctablement toutes les batailles – Sun Tzu dans l’Art de la Guerre

    En sachant que les défenseurs albanais vont sortir de position, l’adversaire peut alors volontairement utiliser des joueurs entre les lignes pour aspirer le joueur et dévier le ballon. Au lieu d’être pris de vitesse par le cadrage du défenseur, le joueur entre les lignes doit savoir qu’il va jouer ce rôle, de même que ses partenaires doivent évidemment être conscients de ce qui va se dérouler.

    L’Equipe de France pourrait profiter de ce plan de jeu en utilisant des milieux ou des joueurs offensifs capables de se situer entre les lignes et d’ouvrir des lignes de passe. Payet et Griezmann sont évidemment les exemples qui viennent en tête immédiatement, en étant combinés à des milieux qui prennent les espaces (pour une déviation) comme le fait Matuidi.
    Payet serait doublement important puisque les sorties agressives des défenseurs sont typiquement des situations générant de nombreux coup-francs.

    Suisse

    Dernier adversaire des bleus dans cette phase de groupe de l’Euro, la Suisse se présente à l’Euro avec un groupe dans la continuité de la Coupe du Monde 2014.
    Hitzfield a été remplacé par Petkovic, mais les hommes sur le terrain restent quasiment identiques. Par rapport à la rencontre de la CDM (victoire 5-2 des français), le même 11 devrait être utilisé, à l’exception de Von Bergen remplacé par Schär et Sommer qui remplace Benaglio dans les buts. Pour comparaison, seuls 6 titulaires français sont dans le groupe de l’Euro.

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    La composition probable de l’équipe Suisse, même si Embolo pourrait bien se faire une place dans le secteur offensif (notamment en pointe)

    En difficulté dans ses matchs amicaux de 2016, avec une seule victoire (Moldavie) pour 3 défaites, la Suisse arrive en France sans savoir vraiment sur quel pied danser.

    Comme la Roumanie, l’équipe helvète cherche à construire depuis l’arrière ses offensives et ne rechigne pas à faire circuler le ballon sur sa ligne arrière pour trouver des solutions de passe.
    Toute cette phase de relance part du gardien, qui a un rôle très important dans la 1ère phase suisse. Profitant des qualités de jeu au pied de leur portier (que ce soit Burki ou Sommer), la Suisse parvient assez bien à s’extirper de la pression adverse et à trouver le côté faible.

    Une fois la possession sécurisée, les défenseurs centraux ont des responsabilités et sont en charge de la progression du ballon. Dans cette phase, les qualités de Schär peuvent permettre de trouver des lignes de passe qui cassent les lignes.
    Ses compagnons en défense centrale (que ce soit Senderos ou Djourou) sont loin d’avoir les mêmes qualités, et on verra par la suite que ces lacunes sont préjudiciables au jeu avec ballon des suisses.
    Mais le vrai métronome de l’équipe se situe une ligne plus haut, en la personne de Granit Xhaka. La dernière recrue d’Arsenal est le meilleur joueur helvète et c’est lui qui crée l’immense majorité des décalages. Capable de résister à un pressing et très mobile pour proposer des solutions, il excelle surtout dans les passes diagonales, à la Xabi Alonso.

    Le milieu à 3 constitué de Xhaka / Behrami / Dzemaili s’agence généralement sur 3 lignes, avec Xhaka dans une position axiale, Behrami dans le half-space droit et Dzemaili dans le half-space gauche. Behrami n’hésite pas à décrocher pour recevoir le ballon hors du bloc adverse, ces mouvements sont compensés par Xhaka qui monte d’un cran. Dzemaili lui travaille plus haut, comme un milieu offensif. Les 3 joueurs offensifs positionnés plus haut ont tendance à se situer entre les lignes, plutôt axiaux et à délaisser les ailes. Leur positionnement permet de continuer la progression ligne par ligne du ballon, entamée depuis le gardien.
    Cependant les offensifs helvètes ont beaucoup de difficultés à se retourner avec le ballon lorsqu’ils le reçoivent dans le cœur du jeu. Ainsi ils se contentent le plus souvent de faire une remise vers le milieu en soutien (Xhaka ou Behrami).
    La progression ligne par ligne s’arrête donc sur la ligne des milieux offensifs. Cependant leur présence entre les lignes et l’utilisation d’appui-remise ne sont pas inutiles pour autant, car ils permettent d’aspirer le bloc adverse qui a tendance à converger autour du ballon pour empêcher les percées dans l’axe. Ce comportement ouvre des espaces sur les côtés, qui sont exploités par les hommes forts de l’équipe suisse : les latéraux. Que ce soit Rodriguez, Lichtsteiner, Moubandje ou Lang, les latéraux suisses mettent beaucoup d’énergie dans leur apport offensif. Combinés à la qualité de passe longue de Xhaka, ces appels sont l’arme principale de l’équipe de Petkovic.

    Le but suisse face à la Belgique est un parfait résumé du jeu de l’équipe.

    On peut y avoir l’étagement des milieux, qui coordonnent leurs mouvements pour conserver un étagement (notamment Behrami / Xhaka). Les joueurs offensifs sont dans l’axe, ce qui permet aux latéraux d’évoluer très haut et d’être trouvés en bonne position par Xhaka.
    Ce plan de jeu a le mérite de mettre en valeur les qualités des meilleurs joueurs suisses (Xhaka et les latéraux). Cependant l’incapacité des milieux offensifs à se retourner empêche d’avoir une vraie alternative, le jeu suisse devient vite prévisible et les passes diagonales vers les latéraux ont tendance à se multiplier.
    La présence d’Embolo permet d’éviter cet écueil puisqu’il est le seul joueur helvète à tenter régulièrement de se retourner dans le cœur du jeu. Mais le très jeune attaquant de Bâle ne semble pas parti pour être titulaire.

    En plus des problématiques liées aux milieux offensifs, l’équipe souffre du peu de qualités dans la relance de ses défenseurs centraux. Ceux-ci ont en charge la première distribution mais ils ont tendance à très vite chercher leurs latéraux … même lorsque l’adversaire anticipe sur cette passe. Un adversaire voulant bloquer la relance suisse aura donc tout intérêt à mettre en place des « pressing traps » sur la ligne de touche.

     

    La Belgique avait mal exploité cette possibilité en fermant le long de la ligne avec peu d’intensité, ce qui permettait généralement aux suisses de s’en sortir sans trop de mal. Mais avec une meilleure organisation il est possible de profiter de cette tendance des centraux qui cherchent leur latéral sans vraiment analyser le jeu.

    Lorsque l’adversaire a le ballon

    Défensivement l’équipe de Petkovic s’organise dans une sorte de 4-1-4-1. L’attaquant s’occupe avant tout du pivot adverse, tandis que la ligne derrière lui est très orientée « joueur » et n’hésite pas à suivre les décrochages pour empêcher les centraux adverses de trouver des solutions courtes. Parfois un milieu sort de la ligne pour venir former un 4-4-2, et la première ligne cherche alors à couper le terrain en 2. Une fois ce pressing déclenché le reste du bloc fait un marquage très agressif sur les solutions de passe dans la moitié de terrain côté ballon. Même l’ailier opposé vient côté ballon pour mettre énormément de densité face au ballon et forcer le porteur à se débarrasser du cuir.

    Généralement ce pressing est plutôt bien réalisé par les suisses. Mais si le cadrage n’est pas réalisé assez vite, le porteur a tout le loisir d’ajuster une passe vers le côté faible, où le latéral suisse se retrouve en 1c2.

    En dehors de ces phases de pressing, le bloc médian conserve une forte orientation joueur qui génère des espaces dans la ligne du milieu : les milieux suisses étant prêts à quitter leur position pour se rapprocher de l’adversaire, ils ne peuvent pas conserver des distances optimales entre eux. Très souvent l’ailier adverse essaye de profiter de l’intervalle entre le milieu centre et l’ailier en décrochant.
    Cependant ces décrochages sont toujours suivis par des latéraux très agressifs, qui n’hésitent pas à complètement délaisser leur côté pour empêcher l’adversaire de se retourner.

     

    Cette manœuvre est très efficace pour empêcher l’adversaire de se mettre face au jeu, mais elle ouvre complètement l’espace du latéral. De plus le mouvement du latéral est en réaction au décrochage, ce qui signifie qu’il part avec un temps de retard. Un temps de retard qui peut permettre à l’adversaire de dévier rapidement le ballon.

    Ces 2 mécanismes sont des vrais choix tactiques de l’équipe suisse, qui peuvent être utilisés par un adversaire bien préparé, à la manière de ce qu’on a vu précédemment avec le bloc défensif de l’Albanie.

    Conclusion

    C’est la fin de cette analyse rapide des 3 premiers adversaires de la France dans son Euro. On a pu voir que chaque équipe avec ses spécificités tactiques, qui peuvent être exploitées par le staff de Didier Deschamps.

    On verra rapidement si elles le seront ou non, mais quoi qu’il en soit l’Equipe de France a assez de qualités pour gagner les 3 rencontres face à ces adversaires sans avoir besoin de livrer des prestations réellement abouties tactiquement.

    One thought on “Euro 2016 : Analyse des adversaires de l’Equipe de France

    • 10 juin 2016 at 01:37
      Permalink

      Analyse pas complète, analyse pas complète … ^^ C’est déjà beaucoup, merci.
      Je trouve dommage (pour ne parler que du match initial), et même si ce n’est pas sûr, ne pas avoir eu l’audace (et quelle audace, wow) d’aligner Coman.
      Visiblement ils aiment bien défendre très serré sur la 2ème ligne défensive, donc bonjour la liberté de mouvement pour un joueur comme Coman. Et ce même si on n’a pas un Boateng ou un Bonucci qui peut ajuster les longues balles.

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