Analyse de l’affrontement entre Dortmund et Liverpool

Ce match entre Dortmund et Liverpool signait le grand retour de Klopp dans le club qui l’a, et qu’il a, révélé. Dortmund se présentait avec une organisation asymétrique utilisée depuis plusieurs matchs tandis que Liverpool était dans un 4-3-3 assez classique où l’on pouvait toutefois noter les absences de Firmino et Sturridge.

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Le mauvais tour de Klopp

Connaissant la faculté de son adversaire à construire ses actions collectivement depuis le gardien, Klopp avait préparé son équipe pour empêcher au maximum les hommes de Tuchel de passer de la 1ère phase (relance depuis le gardien) à la 2nde phase de jeu (possession sécurisée dans le camp adverse). Pour atteindre cet objectif il était primordial d’avoir un travail coordonné et efficace des 2 premières lignes.

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Le travail défensif des 2 premières lignes de Liverpool pour bloquer la 1ère phase de Dortmund

Origi devait se charger du jeune Weigl, véritable plaque tournante du BVB. Régulièrement très proche de celui-ci, l’attaquant belge s’est montré très intéressant dans sa capacité à le déconnecter du jeu en se mettant sur la ligne de passe (cover shadow).
Lallana avait pour rôle d’empêcher la liaison Hummels – Schmelzer tandis qu’Henderson était très orienté joueur en devait verrouiller Castro.
De l’autre côté Coutinho devait, par son positionnement, forcer Bender ou Piszczek à jouer vers la ligne de touche. Cette stratégie n’est pas étonnante puisque plusieurs adversaires de Dortmund ont récemment adopté ce plan de jeu pour exploiter les faiblesses de Durm et Piszczek dans le jeu avec ballon.

Ce pressing trap sur le flanc gauche de Liverpool se déclenchait lorsque la passe était amorcée vers la ligne de touche. Le receveur devait rapidement être cadré, idéalement par Coutinho mais parfois par Moreno ou Milner si le ballon était joué dans le dos du brésilien (vers Durm). Milner était essentiel dans l’animation défensive de Liverpool avec un rôle hybride, d’abord orienté sur Mkhitaryan puis orienté « ballon » lorsque le piège se déclenchait.

 

Dortmund a eu beaucoup de mal à répondre à ce défi posé par son adversaire. La présence de Piszczek en tant qu’arrière droit (au début du match) a permis à Dortmund d’amener de la variation dans sa structure collective puisque le polonais pouvait aussi reculer pour former une ligne de 3 avec Hummels et Bender. De cette manière ils ont pu aspirer Coutinho et Milner pour créer de l’espace dans le bloc adverse. Espace permettant soit de trouver en une touche Mkhitaryan libre entre les lignes ou d’effacer le joueur qui vient cadrer.

 

Mais les allemands ont pêché dans la conclusion de ces situations et n’ont pas su la reproduire assez régulièrement, la faute à une imprécision technique du duo Piszczek – Durm assez problématique.

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Les pertes de balle de Piszczek (jaune) et Durm (orange). Ce dernier a raté 4 dribbles sur 5 tentés

Ce pressing trap était complété par les mécanismes usuels de pressing utilisés à Liverpool (voir mon article sur l’affrontement City – Liverpool). Comme face à Manchester City, les milieux offensifs excentrés (Lallana et Coutinho) allaient presser les centraux lorsque ceux-ci recevaient le ballon avec une mauvaise orientation du corps. Sur ces phases on peut voir la différence entre la course de l’anglais (qui coupe d’abord la passe vers Schmelzer) et du brésilien qui n’hésite pas à laisser le flanc ouvert. Si Origi lâchait Weigl pour s’occuper du second défenseur central, alors Can faisait le piston pour ne pas le laisser mener le jeu.

 

À plusieurs reprises Dortmund est parvenu à s’installer dans le camp de Liverpool en ayant gagné du terrain sur le flanc gauche à la suite d’une transition offensive.
Lors de ces phases de possession typique de l’équipe de Tuchel, les milieux de Liverpool abandonnait leur orientation « joueur » pour se concentrer sur l’espace et assurer une bonne protection axiale de leur défense. Origi n’avait plus de tâche défensive et restait très haut pour conserver une solution haute en cas de récupération.

Des choix qui n’ont pas empêché le BVB de dérouler son jeu et de créer à chaque fois des situations très intéressantes. Si le jeu de Dortmund vous intéresse, je vous invite à lire l’article sur Dortmund si ce n’est pas déjà fait. Mais ces phases de possession dans le camp adverse n’ont pas été assez nombreuses car jamais le BVB n’aura réussi à y aboutir en partant d’une construction depuis le gardien.

De son côté Liverpool a su valider sa très bonne 1ère période par le biais d’Origi, qui aurait pu creuser l’écart à la toute fin de la 1ère mi-temps. Sans forcément se créer de nombreuses situations, les Reds ont parfaitement exploité les rares erreurs de l’arrière garde allemande.

Une première mi-temps qui a permis d’apprécier le travail de Liverpool dans son bloc haut puisque les Reds ont limité au maximum la construction depuis l’arrière de son adversaire.
De plus les rares de possession de Dortmund dans le camp adverse ont validé ce plan de jeu puisqu’elles ont démontré que défendre plus bas aurait été très compliqué.

La réponse de Tuchel

Au retour des vestiaires chaque entraîneur a réalisé un changement, puisqu’Allen remplace Henderson (blessé) tandis que Durm est sorti pour Sahin. Chez les locaux, le remplacement a entraîné un changement de système puisque l’organisation hybride est remplacée par un 4-2-3-1 plus classique.

Outre les difficultés rencontrées par Durm lors des 45 premières minutes, sa sortie se justifiait d’un point de vue structurel. Tout d’abord car Weigl a eu du mal à être trouvé à cause du très bon travail d’Origi pour le déconnecter du reste de l’équipe. Ensuite l’organisation asymétrique posait de gros problèmes de couverture du terrain en phase défensive car Durm avait tendance à redescendre très bas (jusqu’à former une défense à 5) tandis que Mkhitaryan restait plutôt dans le half-space droit. La repartition des roles semblait mal maîtrisée et cela avait coûté cher aux allemands.

 
Et il ne fallut pas longtemps pour justifier l’intérêt de cette nouvelle organisation puisque dès la 46ème minute on a pu voir le bénéfice de la meilleure couverture du terrain en phase défensive, permettant de repousser Liverpool beaucoup plus efficacement. La suite de l’action a mis en évidence l’intérêt du double pivot Sahin – Weigl pour constamment s’assurer d’avoir un joueur libre à la construction face au seul Origi.
Une action qui va se conclure par l’égalisation sur le corner qui suit. A peine 3 minutes de jeu et les changements de Tuchel ont déjà remis Dortmund dans le match.

 
Etonnamment les minutes suivantes furent largement à l’avantage de Liverpool, les Reds étant portés par un Origi en très grande forme, et Weidenfeller dû s’employer à plusieurs reprises pour maintenir l’égalité au tableau d’affichage.
A la suite de cette domination, Liverpool s’est adapté pour répondre à l’entrée de Sahin en faisant monter un milieu (le plus souvent Allen) sur le membre du double pivot qui n’était pas géré par Origi. Un ajustement ramenant à une situation proche de la première période, avec Dortmund assez libre de faire circuler le ballon depuis ses centraux.

 

De plus on voit sur cette action que le BVB a appris de la première période et du pressing trap utilisé sur le flanc droit par son adversaire. En effet le positionnement de Piszczek quasiment comme troisième central et sa grande réticence à jouer le long de la ligne montrent que le piège a été identifié.

L’ajustement de Liverpool n’a cependant pas suffit à répondre efficacement à l’entrée de Sahin car les Reds n’arrivaient plus à forcer les centraux du BVB à se débarrasser du ballon. Au contraire Hummels et ses coéquipiers ont profité de leurs velléités pour aspirer le bloc adverse et trouver Castro libre entre les lignes.

 
Sûrement fatigués par les efforts consentis lors de la première heure (notamment au milieu), les joueurs de Liverpool ne pouvaient plus répondre au dynamisme structurel de Dortmund lors de la 1ère phase de jeu et ils se sont trouvés forcés de défendre dans leur camp.

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La heatmap de Dortmund en 1ère mi-temps (gauche) et en seconde (droite). Dortmund a pu s’installer dans le camp de Liverpool après la pause

Les locaux n’ont pas su profiter de cette domination territoriale pour prendre l’avantage, la faute à une mauvaise gestion des déséquilibres créés et à une défense de Liverpool qui n’a eu de cesse de prendre le dessus sur leurs vis-à-vis.

L’entrée de Firmino à la place de Lallana a restructuré l’équipe dans un 4-2-3-1, organisé plutôt en 4-4-2 en phase défensive. Ce changement a permis d’opposer 2 joueurs offensifs (Firmini et Origi puis Sturridge) au double pivot de Dortmund et donc de laisser au milieu un rôle de couverture pour limiter les passes traversent les lignes.
Ce changement tentait de répondre à l’incapacité de Liverpool à bloquer Dortmund très haut en cette 2nde période en permettant au bloc de se situer une quinzaine de mètres plus bas pour limiter les espaces entre ses lignes. Une modification qui n’a pas eu de grand impact sur le déroulement de la rencontre, même si elle a eu le mérite d’endiguer les vagues jaunes sur la surface de Liverpool.

Match nul, balle au centre

Cet affrontement, habilement renommé Kloppico par les médias, aura tenu ses promesses. Cette rencontre très animée s’est réellement déroulée en 2 actes, avec une première période durant laquelle Liverpool a gagné le rapport de force en faisant déjouer Dortmund (ce qui n’est pas une mince affaire) grâce à un plan collectif parfaitement réalisé et une énorme activité des milieux de terrain.
Mais les réponses apportées par Tuchel à la mi-temps ont complètement renversé le cours de la rencontre, permettant à Dortmund de dominer territorialement la seconde période (à l’exception de 5 minutes après l’égalisation). L’installation d’un double pivot aura été salvatrice, de même que la présence de Mkhitaryan sur le flanc droit qui a permis d’avoir un joueur capable de recevoir et éliminer sous la pression.
Le plan de jeu de Klopp était le bon car le BVB a démontré sa capacité à étouffer son adversaire une fois qu’il parvenait à s’installer dans son camp.

La capacité des homes de Tuchel à créer le déséquilibre aurait certainement dû leur permettre de prendre l’avantage, mais les Reds peuvent être fiers du point mérité qu’ils ramènent dans la Mersey.

Soyez devant votre télé la semaine prochaine car le match retour vaudra certainement le détour. Et de toute façon, voir Mats Hummels suffit à justifier que vous réserviez votre soirée.

3 thoughts on “Analyse de l’affrontement entre Dortmund et Liverpool

  • 9 avril 2016 at 12:05
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    Très intéressant une nouvelle fois, par contre je pense que Dortmund a grandement contribué à se déstabiliser tout seul avec sa compo bizarre en première MT.
    Durm joue plus depuis janvier mais là il était plus arrière droit que MD, Mkhitaryan se retrouve meneur alors que je le trouve bien meilleur en attaque près de Reus et Aubameyang, et il n’y a que 2 « vrais » milieux dans l’axe alors que Sahin, Leitner et Kagawa étaient sur le banc, et que Dortmund est excellent depuis le début de saison avec 3 milieux.
    Déjà samedi contre Brême ils étaient dans une configuration similaire et ce n’était pas brillant.
    Cela dit même en 2ème MT ils ne se sont pas créés beaucoup d’occasions, Liverpool a très bien défendu effectivement. Maintenant à l’extérieur Dortmund aura peut-être plus d’espaces en contres, qui sont souvent redoutables de leur part. Et Gundogan devrait revenir…

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  • 12 avril 2016 at 10:39
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    Salut ! Je voudrais savoir quel logiciel tu utilises pour tes montage video pour l’analyse des matchs ? et pour réaliser tes plan d’exemple ? si c’est pas trop demander bien sûr ! En tout cas je suis fan de ton travail continue comme sa ça demande énormément de travail et je respect ça!
    Bonne continuation

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    • 12 avril 2016 at 12:21
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      Merci beaucoup Steve! J’utilise Imovie pour les montages vidéo 😉

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