Analyse du match : Bayern Munich – Juventus Turin

La Juventus se présente avec une organisation hybride qui évolue selon la position sur le terrain, que l’on peut définir comme un 5-4-1. Le Bayern de son côté choisit un très « classique » 4-3-3.

COMPOS

Par rapport au match aller Benatia fait son retour en charnière, décalant Alaba sur le côté gauche. Ribéry prend la place d’un Robben forfait de dernière minute et Alonso remplace Thiago. C’est donc tout le flanc gauche qui est modifié.
Côté Vieille Dame, Morata prend la place de Mandzukic, Alex Sandro remplace Dybala et Hernanes pour Marchisio.
Cependant ces organisations sont surtout indicatives car elles vont changer à de multiples reprises, que ce soit selon le type d’action ou au fil du match, que l’on peut décomposer en 4 périodes :

  • Coup d’envoi -> 5′
  • 5′ -> 45′
  • 45′ -> 60′
  • 60′ -> 109′

Entrée en matière

D’entrée de match le scénario se dessine, avec une Juventus très agressive qui va chercher jusque dans la surface du Bayern. L’asymétrie de l’organisation de la Juve est alors évidente puisque Pogba rejoint Morata pour cadrer les centraux du Bayern. Khedira s’occupe des décrochages de Xabi Alonso tandis qu’Alex Sandro vient prendre la place de Pogba.

Juv-press

Hors de question de laisser le Bayern progresser, Bonucci vient aider Hernanes à couvrir la première ligne et n’hésite pas à venir jouer des duels extrêmement haut.

Bonucci
Bonucci est essentiel dans le gros début de match de la Juventus, c’est lui qui vient gagner les duels lorsque le Bayern parvient à avancer sur le terrain

Pris à la gorge, les joueurs de Guardiola ne parviennent pas à s’extirper de la pression turinoise puisque jusqu’au but de Pogba, pas une relance depuis Neuer n’aura abouti à une possession sécurisée. Cette pression fait prendre un ascendant psychologique indéniable aux turinois, qui vont être récompensés de leur énorme entame par l’ouverture du score après une grossière erreur d’Alaba et Neuer.
Cependant on a vu pendant cette période que si le Bayern peut démarrer le jeu depuis une position plus haute (phase arrêtée ou récupération), alors ils étaient capables de construire des offensives en s’appuyant sur le quatuor Kimmich – Lahm – Muller – Costa du flanc droit. Une action typique des bavarois aurait d’ailleurs pu être décisive dès la 2ème minute de jeu si Vidal avait réussi sa prise de balle.

Mais cette seule action ne change pas la conclusion concernant cette entame de match. La Juventus est sortie vainqueur de ces premières minutes, avec une avance au tableau d’affichage validant les immenses problèmes posés à leur adversaire.

Avoir le ballon ne suffit pas

L’ouverture du score implique une nouvelle dynamique dans le match. Maintenant c’est la Juventus qui est qualifiée, et le Bayern doit retourner la situation devant son public encore sous le choc.
Petit-à-petit le Bayern parvient à reprendre du terrain et à poser son jeu dans le camp de son adversaire. Les phases de relance depuis Neuer restent très compliquées (au moins jusqu’à la 35ème), mais en dehors de cette 1ère phase, le Bayern contrôle, comme à son habitude, le ballon.
Cette possession s’appuie notamment sur un flanc droit très performant qui lui permet d’aspirer le bloc adverse. Rien d’étonnant puisqu’aspirer d’un côté pour jouer de l’autre, c’est le plan classique du Bayern Munich. Sauf que si la première partie est très bien gérée, l’enchaînement vers le côté faible pose d’énormes problèmes.
Premier soucis, la défense à 5 de la Juventus permet à Lichtsteiner de ne pas coulisser avec ses coéquipiers sans pour autant mettre en péril la couverture. Il peut par conséquent rester proche de Ribéry et prévenir les fameuses diagonales de Xabi Alonso. Rien de très surprenant, j’en avais parlé dans l’article sur l’animation défensive de la Juve.
Il faut donc trouver un relais supplémentaire situé dans le half space gauche pour faire circuler le ballon et atteindre le côté faible avant que le bloc adverse n’ait pu coulisser. Un simple ajustement que les bavarois n’ont jamais réussi à mettre en place pendant la 1ère période. Ne pouvant compter sur un Benatia incapable de s’inclure dans le jeu de position, il fallait donc compter sur un Alaba positionné dans ce fameux halfspace pour mettre en péril la Juventus.

Alaba-bayern
Positionné très tôt dans le bloc adverse, Alaba ne peut plus permettre de faire circuler le ballon

Malheureusement rarement Alaba aura été autant en difficulté que lors de cette première mi-temps. Pas inspiré dans son positionnement, il se trouvait régulièrement arrêté dans le cœur du bloc adverse alors qu’il aurait pu aider à la circulation.
De plus lorsque son positionnement était bon, il a été complètement étouffé par le bondissant Cuadrado. Il n’aura alors eu de cesse de renvoyer la balle d’où elle venait, faute de pouvoir s’orienter correctement sur sa prise de balle.

Alaba
1ère mi-temps difficile pour Alaba qui n’aura fait que remettre les ballons en retrait, ne sachant gérer la pression de Cuadrado

Facilement verrouillés, tant par le très bon travail de la Juventus que par leurs limites, les joueurs de Pep Guardiola ont alors dominé la possession sans créer assez de véritables situations intéressantes pour prétendre revenir dans le match.
La Juventus de son côté a pu compter sur un Morata en feu pour inventer des occasions à partir de bric et de broc. En effet le but de Cuadrado ne saurait être imputé à un Bayern qui se serait déséquilibré ou à une réussite collective de la Juventus. Morata résiste à Alaba, dribble Benatia puis Kimmich avant d’éliminer Vidal par sa passe.

Ce serait une erreur de tirer des conclusions tactiques sur ce type d’action (comme pour le 1er but) c’est aussi la beauté du football que d’accorder ces instants de grâce individuelle prenant le dessus sur l’ensemble collectif.
Le match aurait pu être scellé avant le retour aux vestiaires sur une action symbolisant le rapport de force de cette 1ère période. Constamment dépassés dans les duels, les joueurs du Bayern se font prendre dans la profondeur sur un 2nd ballon récupéré par la Juve sur un dégagement de Buffon. Ils ne doivent leur salut qu’à un grand Neuer pour s’interposer devant Cuadrado.
La mi-temps vient conclure cette 2ème « phase » du match, au cours de laquelle le Bayern a reposé le pied sur le ballon sans pour autant être capable de déséquilibrer son adversaire.
Et si le 0-2 ne représente pas la capacité collective de chaque équipe à se créer des occasions pendant ces 45 premières minutes, l’avance au tableau d’affichage récompense quand même une nette domination de la Juventus dans le rapport de force.

Bis repetita ?

Changement d’hommes au retour des vestiaires puisque Bernat prend place sur le flanc gauche de la défense, poussant Alaba dans l’axe à la place d’un Benatia qui aura été fantomatique. Ce changement vise à répondre aux problématiques rencontrées sur le flanc gauche lors des 45 premières minutes.
Cependant la dynamique est bien loin de s’inverser puisque cette reprise ressemble beaucoup à l’entame de match. En effet les 7 premières minutes se déroulent dans le camp du Bayern : il faudra attendre la 52ème minute pour voir la première passe des locaux dans le camp de la Juve depuis … l’engagement.
Et quand enfin ils prennent position dans le camp adverse … Morata repart pour un rush en solo, 50m balle au pied après avoir déposé Alaba, il se joue de Kimmich pour frapper dans la niche de Neuer.

Morata
Alaba part avec beaucoup d’avance … pas suffisant pourtant pour devancer Morata

Difficile d’évoquer une prise de risque exagérée pour une équipe qui laisse 3 joueurs en retrait face à un seul attaquant, la différence se fait sur la supériorité incontestable de l’attaquant espagnol. Oui, ça ressemble à la 1ère MT! Et ce n’est pas fini. Vous vous souvenez de la dernière action de la 1ère MT, avec la Juve qui récupère un 2nd ballon sur un dégagement de Buffon pour ensuite trouver la profondeur ?

On retrouve exactement la même action à la 56ème minute. Un mimétisme qui traduit une domination toujours très nette de la Juventus et qui souligne une idée : le Bayern va être éliminé si rien ne change.

Il n’en faut pas plus pour que Guardiola lance les grandes manœuvres avec Coman qui remplace Xabi Alonso.

Un remplacement qui va tout changer

Coman va se mettre sur le flanc droit et c’est Costa qui vient se positionner en relayeur avec Vidal (qui prend la place d’Alonso) et Muller.
La conséquence la plus importante de ce changement est la venue de Costa dans l’axe du terrain. En effet pour ne pas lui laisser la place de percuter ou de frapper, la Juventus doit resserrer son milieu. Par conséquent il devient très compliqué pour les milieux latéraux (Pogba / Cuadrado) d’assurer la prise à 2 sur les ailes, ce qui permet au Bayern Munich de générer de nombreuses situations de 1c1 en fixant par Douglas Costa puis en écartant sur l’aile.

Costa
La menace Douglas Costa oblige le milieu de la Juve à couvrir le milieu qui va cadrer. Couverture qui n’était pas nécessaire face à Xabi Alonso qui n’allait pas éliminer

De plus les latéraux ont modifié leur comportement par rapport à la 1ère mi-temps : Bernat se rend plus disponible qu’Alaba pour participer à la circulation du ballon et les 2 latéraux n’hésitent pas à dédoubler à chaque fois que leur ailier reçoit le cuir (pour embarquer les joueurs en converture).
À partir de la 60ème minute (entrée de Coman) c’est alors une domination sans partage du Bayern Munich, qui parvient à amener régulièrement le ballon dans la surface tout en maîtrisant les velléités offensives de son adversaire.

Allegri répond en faisant rentrer Sturaro pour Khedira, du poste pour poste, puis Mandzukic pour un Morata qui aura été étincelant mais qui était cuit. L’entrée de Mandzukic à la 71ème acte la volonté de défendre avant tout l’avantage puisque celui-ci va bien plus participer aux tâches défensives que son prédécesseur.
L’action qui suit l’entrée de Mandzukic est un parfait résumé de l’état de la partie :

Le Bayern domine territorialement, parvient à mieux isoler ses ailiers en 1c1 grâce aux dédoublements des latéraux et réalise des changements de jeu beaucoup plus tranchants. Mandzukic lui participe à l’effort défensif en venant tacler à 25m de ses buts. Cette action est symbolique puisque c’est sur le corner qui suit que le Bayern Munich va réduire l’écart, 1 minute après l’entrée de Mandzukic.
De la même manière que pour les buts de la Juventus, ce but n’est pas forcément la conséquence d’une action où le collectif parvient à créer le déséquilibre. Mais comme pour la Juventus, il vient valider une période très claire de domination.
Période qui va se poursuivre après le but puisque celui-ci ne va rien changer à la dynamique amorcée par l’entrée de Coman. Les ailiers sont de plus en plus souvent touchés en situation de 1c1, même si ceux-ci ont du mal à éliminer leurs excellents vis-à-vis, et Costa trouve à de multiples reprises des angles de frappe ou de centres tendus dans la surface. Ainsi entre la 72ème et la 90ème minute, le Bayern va amener le ballon à 18 reprises dans la surface adverse, que ça soit par une frappe, un centre ou une conduite de balle.

Aucune occasion très nette à se mettre sous la dent, mais c’est plutôt logique face à un bloc qui défend dans sa surface. Le problème c’est qu’en subissant des vagues de cette manière, il faut prier pour qu’il n’y ait pas un seul ballon qui tombe au bon endroit. Et quand il y a un Thomas Muller qui semble attirer la chance, c’est encore plus compliqué. Ainsi ce qui devait arriver arriva, et c’est Muller qui parvient à égaliser à la 91ème minute.
Une égalisation qui intervient une minute après l’entrée de Pereyra à la place de Cuadrado (décidément !). Et sans lui attribuer la responsabilité du but, on note immédiatement un gap avec ce qu’avait proposé le colombien puisqu’il protège mal son axe sur une n-ième fixation de Douglas Costa qui lui permettra de trouver un relais dans le cœur du jeu.

Pereyra
Pereyra est loin d’être le premier responsable, mais il ne brille pas sur son entrée

Ce mauvais placement semble relativement anecdotique puisque plusieurs joueurs sont directement impliqués ensuite, mais il souligne l’excellence de ce qu’a pu faire Cuadrado pendant 89 minutes. Pereyra ne va pas être aussi bon, et ce remplacement va se faire sentir jusqu’à la fin de la partie.

Les prolongations vont se dérouler sur la même dynamique, avec le Bayern qui fait le siège de la surface adverse. Cependant la sortie de Cuadrado se faire sentir dans l’activité sur le flanc gauche, et les bavarois vont profiter d’un meilleur positionnement pour améliorer la circulation du ballon. Ainsi Ribéry va pouvoir être isolé à plusieurs reprises en 1c1, mais celui-ci n’a plus les cannes pour gagner ces duels. C’est certainement la raison de son remplacement par Thiago, décalant l’infatigable Douglas Costa sur l’aile.

Une nouvelle fois on peut dire que le but ne vient pas d’une action vraiment propre, mais elle ne sort pas du nul part. Costa est trouvé en 1c1 et parvient à se dégager un angle pour mettre le ballon dans la boîte. Une situation que l’on avait vu à plusieurs reprises avec Ribéry, mais celui-ci n’avait pas réussi à prendre le-dessus sur Lichtsteiner.

La fin du match est quasi anecdotique, Coman venant sceller le sort de la rencontre sur un contre fulgurant quelques minutes seulement après le 3ème but.

Et à la fin c’est le Bayern qui gagne

Nous avons assurément assisté à un huitième de finale de très grande qualité. L’affrontement a permis de mettre en lumière les qualités, et les faiblesses, de chaque équipe.
Même si l’on peut évidemment dire que le Bayern Munich s’en sort bien, c’est naturel quand une équipe revient à la dernière seconde, il faut reconnaître que l’équipe est allé chercher cette égalisation en assiégeant les turinois pendant 30 minutes. Les changements de Guardiola auront été salvateurs, tandis qu’Allegri a dû composer avec un banc moins fourni ne lui permettant que de faire un poste pour poste qui a affaibli son équipe.

Il faudra être attentif à la suite de la saison du côté de Munich, et notamment concernant cette association Vidal / Xabi Alonso très peu convaincante dans le coeur du jeu. La présence d’un joueur capable de porter le ballon dans l’axe a considérablement amélioré le Bayern Munich, et il ne serait pas étonnant de revoir Douglas Costa dans cette position face aux défenses regroupées.

3 thoughts on “Analyse du match : Bayern Munich – Juventus Turin

  • 20 mars 2016 at 00:46
    Permalink

    Un petit commentaire pour dire à quel point tes analyses sont un régal. Plus clair que chroniquestactiques je trouve. Le choix des articles est juste aussi (couverture aussi bien des points offensifs avec le Bayern que défensifs avec l’Atlético). Et une analyse de ce match en particulier s’imposait. Bravo à toi, et on se voit au prochain article 😉

    Reply
  • 23 mars 2016 at 17:41
    Permalink

    du vrai bon boulot,

    clair, net et précis,

    merci

    Reply

Laisser un commentaire